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Bea Admin


Nombre de messages: 12636 Date d'inscription: 18/11/2010
 | Sujet: Re: Homelies Dim 29 Jan - 14:55 | |
| Sermon du Saint Cure d'Ars
4ème DIMANCHE APRÈS L'ÉPIPHANIE
Sur les ennemis de notre salut
Motus magnus factus est in mari, ita ut navicula operiretur fluctibus. Une grande tempête s'éleva sur la mer, de sorte que la barque fut toute couverte de flots. (S. Matth., VIII. 24.) Voilà, M.F., la figure, ou plutôt la vie d'un pauvre chrétien sur la terre. Notre âme, sujette à mille passions, en butte à mille tentations, est vraiment semblable à une barque couverte de flots et exposée à faire naufrage à chaque instant. D'après cela, M.F., qui de nous pourra vivre tranquille en voyant les dangers par lesquels nous sommes exposés à nous perdre pour jamais ? Qui de nous, M.F., ne sentira pas la nécessité de veiller sans cesse sur tous les mouvements de son cœur, c'est-à-dire, sur toutes ses pensées, ses paroles et ses actions, pour savoir si elles sont toutes faites en vue de plaire à Dieu, ou bien au monde. Mais, hélas ! M.F., disons-le en gémissant : une grande partie, dans tout ce qu'ils font, ne cherchent que le monde et non le bon Dieu. Mais aussi, que s'ensuit-il de là ? Hélas ! rien autre chose, sinon que le démon les conduit aux enfers avec autant de facilité qu'une mère conduit un enfant de quatre ou cinq ans partout où elle veut. Oui, M.F., un chrétien qui voudrait plaire à Dieu et sauver son âme, a deux choses qui devraient le faire trembler : les grands ennemis qui l'environnent et leur fureur à travailler à notre perte, puis la tranquillité et l'insouciance dans laquelle nous vivons au milieu de tant de dangers auxquels nous sommes exposés continuellement. Mais, pour vous faire comprendre combien nous devons veiller et prier, je vais vous montrer :
1- quels sont les ennemis que nous devons craindre et éviter ;
2- ce que nous devons faire pour les vaincre.
I. – Nos véritables ennemis ne sont pas ceux qui noircissent notre réputation, qui nous dépouillent de nos biens, qui attentent même à notre vie : ce ne sont là que des instruments dont la Providence se sert pour nous sanctifier, en nous donnant l'occasion de pratiquer l'humilité, la douceur, la charité et la patience. Si nous avons à cœur le salut de notre âme, bien loin de les haïr et de nous plaindre, au contraire, nous les aimerons davantage. Il est vrai que c'est un peu dur à un chrétien qui a lié son cœur à la terre, de se voir dépouillé de ses biens ; il est certain qu'il est un peu sensible à un orgueilleux de voir noircir sa réputation ; il n'est pas douteux qu'il est effrayant à un homme qui vit à peu près comme s'il ne devait jamais mourir, de sentir la mort qui l'environne : cependant, M.F., tout cela n'est pas ce que nous appelons nos ennemis ; au contraire, ce sont ceux qui nous conduisent au ciel, si nous voulons en profiter chrétiennement. Mais si vous désirez maintenant savoir quels sont les ennemis que nous avons à craindre, les voici, M.F. : écoutez-le bien et gravez-le bien dans votre cœur. Nos véritables ennemis, ce sont ceux qui travaillent à dépouiller notre pauvre âme de son innocence, à lui ravir le trésor de la grâce, à la faire mourir devant le bon Dieu et à la jeter en enfer. Ah ! M.F., que de tels ennemis sont redoutables et terribles ! Et non seulement ils sont dangereux, mais nous les trouvons partout, ou plutôt nous les avons au dedans de nous-mêmes : ce qui doit nous porter à nous tenir sans cesse sur nos gardes, puisqu'il n'y aura que la mort qui nous en délivrera pour toujours. Hélas ! M.F., ce n'est pas en vain que l'on dit que « la vie du chrétien est un combat continuel . » Je vous dirai encore, M.F., que nous n'avons point d'ennemis plus à craindre que ceux qui sont invisibles ; et si vous désirez de les connaître, allons les trouver : c'est-à-dire, descendons dans nos cœurs, et appelons-les chacun par leurs noms, afin que nous ne puissions pas nous tromper. Voyez-vous, M.F., ce fol amour de nous-mêmes, cette complaisance secrète dont nous sommes remplis pour nous-mêmes ? Voyez-vous comment nous nous glorifions intérieurement de notre petit mérite, de nos biens, de nos talents, de notre famille ; méprisant intérieurement les autres ; nous mettant au-dessus de nos égaux, et au niveau de ceux qui sont au-dessus de nous ? « Je vaux bien, disons-nous, celui-là : je vaux bien mieux que celui-ci, il n'est pas si bon ouvrier que moi ; il n'y a pas un ouvrage mieux fait que le mien. » Apercevez-vous, M.F., cet ennemi invisible qui vous poursuit continuellement et qui vous fait tant de mal ? Quand votre frère ne réussit pas dans quelque chose, votre petit orgueil ne vous fait-il pas penser qu'il n'a pas su s'y prendre, et que si vous aviez été à sa place, vous vous y seriez pris de telle manière : qu'il n'est qu'une bête ; qu'il n'y comprend rien et qu'il ne suit que sa tête ? Le comprenez-vous, M.F., ce petit ennemi qui vous donne la mort sans que vous vous en aperceviez ?
Ce peu de biens que vous avez acquis, peut-être pas trop légitimement, cette figure que vous croyez être plus agréable que celle d'un autre, votre habit plus riche ou plus propre que celui de votre voisin, et mille autres choses ne vous enflent-elles pas le cœur ? et cette enflure ne paraît-elle pas jusque dans vos discours, dans votre démarche, dans votre maintien ? Voyez-vous combien vous êtes orgueilleux ? À peine parlerez-vous au pauvre, s'il vous salue en vous levant son chapeau, en vous faisant la révérence ; vous croirez faire beaucoup que de lui branler la tête, ou lui dire oui ou non. A peine le regarderez-vous, comme s'il était d'une autre matière que vous. Voyez-vous, M.F., comprenez-vous combien l'orgueil vous dévore ? Voyez-vous encore combien vous êtes sensibles à la manière dont on vous parle ? Hélas ! un mot un peu de travers, une petite plaisanterie sur votre compte, un accueil un peu froid, tout cela vous choque ; vous vous en plaignez, vous allez même jusqu'à murmurer en disant : « Ah ! on les connaît bien, ils ne sont pas des rois, ni des princes ! » Vous vous rappelez ce bien que vous leur avez fait, vous désirez de trouver l'occasion pour le leur reprocher. Mon Dieu, quel orgueil, quel amour de soi-même ! Voyez cet homme : depuis qu'il a acquis quelque richesse de terres de plus, comme il marche tête levée commençant à se joindre à ceux qu'autrefois il n'osait fréquenter, les croyant trop au-dessus de lui ! Si les affaires de votre voisin réussissent mieux que les vôtres, s'il fait quelque profit que vous avez manqué, voyez combien votre cœur est triste et chagrin ! Mais si, au contraire, il lui arrive quelque accident qui dérange ses affaires, ou qui l'humilie, de suite ne sentez-vous pas dans votre cœur une certaine joie, un plaisir intérieur ? Voyez-vous, M.F., ne sentez-vous pas cette jalousie, cette envie qui vous poursuit partout ?
Nous ne pouvons ni voir, ni sentir cette personne qui nous a offensés, hélas ! peut-être sans le vouloir ; nous aimons à en parler mal ; nous aimons quand les autres en disent du mal, nous sommes contents quand nous trouvons l'occasion de la mortifier. Voyez-vous, M.F., sentez-vous cette haine et cette vengeance, cette animosité qui vous mine et vous dévore ?
Voulez-vous savoir, M.F., combien nous sommes attachés à la vie et aux biens de ce monde ? N'est-ce pas que votre esprit est rempli, nuit et jour, de vos affaires temporelles, de vos occupations, de votre commerce ? N'êtes-vous pas continuellement occupés à penser à votre argent, ou à la manière d'en ramasser, ou à en parler ? Hélas ! combien de fois la pensée de vos affaires temporelles vous vient jusque dans vos prières, et même dans la maison du bon Dieu, pendant la sainte messe ! Combien de fois n'avez-vous pas songé aux mesures que vous alliez prendre après la messe, aux voyages que vous feriez, aux personnes que vous verriez pour réussir dans vos affaires, pour conclure un marché ? Hélas ! pour gagner cinq francs vous feriez trois ou quatre lieues ; et vous ne feriez pas seulement trente pas pour faire une bonne œuvre, pour rendre service à votre prochain, ou pour entendre une fois la sainte messe les jours de la semaine ? Vous arracher un sou pour les pauvres, hélas ! c'est vous arracher les entrailles. Dès qu'il s'agit de gagner ou de perdre quelque chose, vous ne connaissez plus ni dimanches, ni fêtes ; il n'y a plus ni commandements de Dieu, ni commandements de l'Église qui vous retiennent.
N'est-ce pas que je dis la vérité, M.F., quand je dis que vous n'avez pas osé, au mépris des commandements, ne pas contribuer au péché des autres en refusant de donner de l'argent ou des poules, lorsque les enfants de vos parents se sont mariés ? N'est-ce pas que vous n'avez pas osé leur dire que vous ne vouliez pas y aller, ni y laisser aller vos enfants ? Voyez-vous, M.F., sentez-vous le respect humain qui vous aveugle et qui vous perd ? Quelle est donc encore cette manière que vous avez d'examiner et d'être toujours prêts à criti-quer la conduite et les actions de votre prochain, en vous mêlant de ce qui ne vous regarde pas, débitant ce que vous savez, et ce que vous ne savez pas ? Sentez-vous, M.F., cet ennemi intime qui porte partout le trouble et les dissensions dans les familles : voulez-vous comprendre quel est cet ennemi intime qui vous trompe ? N'est-ce pas que l'impudicité vous maîtrise ? Votre esprit et votre imagination ne sont-ils pas remplis continuellement de pensées sales, de représentations et de désirs impurs ? Voyez-vous, M.F., sentez-vous ce feu impur qui vous brûle et vous dévore ? Eh bien ! M.F., les voilà ces ennemis auxquels nous ne faisons pas attention.
Savez-vous, M.F., pourquoi nous les connaissons si peu ? Hélas ! c'est que nous fermons les yeux, et que nous nous bouchons les oreilles pour ne pas les voir ni les connaître. Mais pour bien les connaître, nous n'a-vons qu'à descendre dans nos cœurs ; c'est là qu'ils sont cachés, que nous les connaîtrons, du moins en grande partie. Je ne viens de vous faire connaître que les plus sensibles et les plus ordinaires. Mais, plus vous fouille-rez, plus vous en trouverez. Hélas ! notre misérable cœur est semblable au chaos de la mer, qui renferme une multitude infinie de poissons de toute grandeur et de toute espèce. Oui, M.F., il en est de même de notre cœur. Il renferme et nourrit une foule de mauvaises inclinations, les unes plus faibles, les autres plus fortes, mais toutes également capables de nous perdre, si nous n'avons pas grand soin de les réprimer. Voilà, M.F., les ennemis qui logent dans nous-mêmes, dont nous ne pouvons pas fuir la compagnie et dont le seul remède est de les combattre. – Mais, me direz-vous peut-être, voilà bien nos ennemis intimes, mais maintenant quels sont nos ennemis du dehors ?
M.F., si vous désirez le savoir, les voici ; écoutez-le bien, afin que vous puissiez les connaître, les combattre et les vaincre avec la grâce du bon Dieu. Je vous dirai d'abord que ceux du dehors viennent se joindre à ceux du dedans, afin de mieux exercer leur fureur sur les chrétiens. Oui, M.F., toutes les créatures que le Seigneur a faites pour l'usage de l'homme, servent ou à son salut ou à sa perte, selon l'usage qu'il en fait. Si vous voulez vous en convaincre, écoutez-moi un instant. Voyez un pauvre qui, dans sa pauvreté, gagnerait si sûrement le ciel. Mais, hélas ! que fait-il ? Ce que fit le mauvais lar-ron, qui de la croix descendit en enfer, au lieu de monter au ciel : il murmure, il se plaint, il porte envie aux riches, il en dit du mal et les traite de cruels, de tyrans ; les croix et les afflictions, qui sont des grâces bien grandes de la part du bon Dieu, le portent au désespoir. D'un autre côté, voyez les riches et ceux qui sont en santé. Au lieu d'en remercier le bon Dieu, et de faire un bon usage des biens qu'il leur a donnés en en faisant part aux pauvres, afin de pouvoir racheter leurs péchés, que font-ils ? Les biens les rendent orgueilleux et les portent à vivre dans un oubli entier de leur salut. Oui, M.F., dans quelque état que nous soyons, nous ren-controns partout des ennemis à combattre. Ici, ce sont de mauvais discours que nous entendons ; là, ce sont de mauvais exemples que nous voyons ; disons mieux, M.F., soit que nous veillions, soit que nous dormions, soit que nous buvions ou mangions, nous avons partout des pièges à éviter et des tentations à combattre, dans les plaisirs même les plus innocents, dans la compagnie des personnes même les plus vertueuses que nous fréquentons, dans nos œuvres les plus saintes, jusque dans nos prières. Hélas ! combien de distractions ! combien de pensées d'orgueil ! combien de fois nous nous sommes préférés à d'autres que nous avons crus moins bons que nous ! Dans nos confessions, hélas ! combien de détours pour paraître moins coupables que nous sommes ! combien de fois avons-nous eu la pensée de changer de confesseur pour éprouver moins de confusion ! Hélas ! que de sacrilèges dans nos communions ! Hélas ! que de vues humaines ! combien de fois nous sommes plus modestes en public, et si nous étions seuls, nous le serions moins. Dans nos jeûnes, que d'hypocrisies ! combien de fois nous faisons semblant de jeûner, et nous mangeons étant seuls ! Dans nos aumônes, combien de fois avons-nous cherché l'applaudissement des hommes ! Hélas ! M.F., que de pièges à éviter ! que de tentations à combattre ! Oui, M.F., le démon qui a juré notre perte, roule sans cesse autour de nous pour nous faire tomber dans ses filets. Oui, M.F., il se sert de tout ce qui nous environne pour nous porter au mal. Voici la manière dont le démon nous tente : il examiné tous les mouvements de notre cœur. À celui qui est sujet à l'orgueil, il met devant les yeux ou dans l'esprit tout ce qui est capable de lui en donner ; il lui fait croire que tout ce qu'il fait est bien fait ou bien dit ; il lui fait apercevoir qu'il est bien adroit, bien propre, bien économe, bien charitable. À celui qui aime l'argent, il fait envisager le bonheur de ceux qui sont riches, combien ils sont exempts de misère, qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent, qu'ils sont aimés et respectés de tout le monde. À celui qui est sujet au vice de l'impureté, il met sans cesse dans l'esprit les plaisirs des sens, de sorte que presque tout ce qu'il voit les lui rappelle ; d'autres dont le cœur est sensible, tantôt il les porte à l'orgueil, tantôt au désespoir. À ceux qui ont quelque apparence de vertu, il fait croire que l'on a bonne opinion d'eux ; ils aiment quand on se recommande à leurs prières ; ils se croient capables et dignes de grandes choses ; ils pensent quelquefois qu'ils pourraient bien faire des miracles. Hélas ! M.F., qu'il y en a peu qui échappent à tous ces pièges, et par conséquent, qu'il y en a peu qui iront au ciel !
Mais, me direz-vous peut-être, qui pourra connaître tous ces artifices ? Qui pourra les dévoiler ? – M.F., le voici : ceux-là seuls qui les sentent, qui les combattent et qui leur résistent. Eh bien ! M.F., voilà en partie les ennemis de notre salut. Jugez vous-mêmes s'ils sont à craindre. Jugez-en, mais encore mieux par les maux qu'ils vous ont faits jusqu'à présent et par l'état où ils vous ont réduits. Repassez dans votre esprit toutes les années de votre vie, et voyez chacun si depuis votre jeunesse vous n'avez pas été la victime, l'esclave et le malheureux jouet du démon, ce maudit Satan, et encore du monde et de vos penchants. Hélas ! M.F., qui pourrait compter toutes les mauvaises pensées que le démon vous a données et toutes les images dont il a tâché de salir votre imagination, et tous les mouvements déréglés qu'il a excités dans vous-mêmes ? Oui, M.F., si nous voulions sincèrement travailler à notre salut, nous sentirions véritablement ce que nous dit saint Jean : que « tout ce qui est dans le monde n'est que concupiscence de la chair, que concupiscence des yeux et qu'orgueil de la vie » ; que partout nous portons en nous-mêmes le germe de tous les vices, et que chacun de nous peut être tenté et séduit par son mauvais penchant ; que tout ce qui nous environne peut nous être une occasion de péché, et que le démon acharné à notre perte emploie tantôt nos mauvaises inclinations pour nous faire abuser des créatures, et tantôt les créatures pour exciter nos mauvaises inclinations. Hélas ! M.F., si nous connaissions bien le danger où nous sommes sans cesse de nous perdre, nous serions dans une frayeur continuelle. Nous dirions avec saint Paul : « Ah ! Seigneur, quand est-ce que j'aurai le bonheur d'être délivré de ce misérable corps qui semble ne m'être donné que pour me tourmenter et m'humilier et pour être un instrument de mille misères ! » Nous dirions bien encore avec le saint roi David : « Ah ! Seigneur, mon Dieu ! qui me donnera des ailes comme à la colombe pour voler » et m'enfuir de ce monde si misérable, où je ne rencontre que pièges et tentations de toute espèce !
Oui, M.F., dans tout ce que nous voyons, dans tout ce que nous entendons, dans tout ce que nous disons et faisons, nous nous sentons portés au mal. Si nous sommes à table, c'est la sensualité, la gourmandise et l'intempérance ; si nous prenons quelque moment de récréation, c'est la légèreté et les entretiens inutiles ; si nous travaillons, c'est la plupart du temps l'intérêt, l'avarice ou l'envie qui nous conduit, ou même la vanité ; si nous prions, c'est la négligence, les distractions, le dégoût et l'ennui ; si nous sommes dans quelque peine ou quelque affliction, ce sont les plaintes et les murmures ; si nous sommes dans la prospérité, c'est l'orgueil, l'amour-propre et le mépris du prochain ; les louanges nous enflent le cœur, les injures nous portent à la colère. Eh bien ! M.F., voilà ce qui a fait trembler les plus grands saints, voilà ce qui a peuplé les déserts de tant de solitaires, voilà quels sont les motifs de tant de larmes, de tant de prières, de tant de pénitences. Il est vrai que les saints qui étaient cachés dans les forêts, n'étaient pas exempts de tentations : mais au moins ils étaient éloignés de tant de mauvais exemples dont nous sommes environnés continuellement et qui perdent tant, d'âmes. Cependant, nous voyons dans leur vie qu'ils veillaient, qu'ils priaient et tremblaient sans cesse, tandis que nous, pauvres aveugles, nous sommes tranquilles au milieu de tant de dangers de nous perdre ! Hélas ! M.F., une partie ne connaît pas même ce que c'est que d'être tenté, parce que nous ne résistons presque jamais, du moins bien rarement. Hélas ! M.F., d'après cela, qui de nous échappera à tous ces dangers ? « Qui de nous sera sauvé ? » Non, M.F., une personne qui voudrait réfléchir à tout cela ne pourrait plus vivre, tant elle serait effrayée. Cependant, M.F., ce qui doit nous consoler et nous rassurer, c'est que nous avons affaire à un bon père qui ne permettra jamais que nos combats soient au-dessus de nos forces, et qui, chaque fois que nous aurons recours à lui, nous aidera à combattre et à vaincre.
II. – Nous avons dit que nous verrions les moyens que nous devons employer pour vaincre nos ennemis et sortir victorieux du combat. Il est très certain, M.F., que l'homme, dans son origine, n'était pas comme il est aujourd'hui, un composé de bien et de mal, de vices et de péchés. Son âme, sortie pure des mains de son Créateur, n'était pas sujette à toutes ces misères. Mais l'homme s'étant révolté contre son Dieu, dès ce moment même, il ne fut plus maître de lui-même : sa chair corrompue par le péché se révolta contre l'esprit. De là est venu ce mélange de bien et de mal, de bonnes et de mauvaises inclinations que nous trouvons chacun en nous-même. Les bonnes viennent du bon Dieu, qui est le père de nos âmes, et les mauvaises viennent du démon, le grand ennemi du bon Dieu et de nos âmes. Mais, pensez-vous peut-être en vous-mêmes : que devons-nous donc faire pour vaincre sûrement nos ennemis ? – M.F., vous n'avez que trois choses à faire ; les voici : « Veiller, fuir et prier. » Si vous êtes fidèles à ces trois avis, tout l'enfer déchaîné contre vous ne vous pourra rien. Mais expliquons, M.F., ces trois points si essentiels, parce que notre salut en dépend.
Je dis premièrement que nous devons veiller ; ce n'est pas seulement moi qui vous le dis, mais c'est Jésus-Christ lui-même qui vous le dit. « Si le père de famille, nous dit-il, savait à quelle heure les voleurs doivent venir, il ne s'endormirait pas ; mais il veillerait, pour ne pas laisser piller sa maison ; » il fermerait bien toutes les portes, il serait bien attentif au moindre bruit, il n'ouvrirait à personne sans bien le connaître, il serait continuellement sur ses gardes. Voilà, M.F., ce que Jésus-Christ veut que nous fassions par rapport à notre âme. Cette maison que le bon Dieu veut que nous gardions, c'est notre âme : ces voleurs, ce sont les démons, le monde et nos penchants ; parce que nous voyons et nous sentons nous-mêmes que ces voleurs sont toujours autour de nous, pour nous tenter et pour essayer de nous perdre. Nous devons donc toujours nous tenir sur nos gardes, afin qu'ils ne puissent jamais nous surprendre. – Mais, me direz-vous, comment pourrons-nous veiller continuellement sur nous-mêmes ? – M.F., le voici c'est, si nous prenons garde à toutes les pensées qui se présentent à notre esprit, à tous les mouvements qui s'élèvent dans notre cœur, à toutes les paroles qui sortent de notre bouche, et à tous les discours qui frappent nos oreilles, pour voir et examiner si, dans tout cela, il n'y a rien qui puisse déplaire au bon Dieu et blesser notre pauvre âme. Nous veillons sur nous-mêmes, M.F., lorsque dans toutes nos entreprises, dans toutes nos actions, dans toutes nos démarches, nous examinons devant le bon Dieu quels sont les motifs et les intentions qui nous font agir : si c'est l'orgueil, la vanité, l'intérêt, la haine, la vengeance ou bien des intentions tout humaines, toutes charnelles ou impures.
Oui, M.F., une personne qui veille sur elle-même, est comme une personne sage, qui est obligée de marcher dans un sentier fort étroit, fort glissant et bordé de précipices ; voyez comme elle marche avec précaution, comme elle prend garde où elle met les pieds, comme elle fait attention à tous ses pas. Prenez garde, nous dit saint Paul, à la manière dont vous marchez dans la voie du salut , c'est-à-dire à la manière dont vous parlez et vous agissez, à la moindre de vos pensées, au moindre de vos désirs, à la plus petite de vos actions. Prenez bien garde à vos yeux, si les objets sur lesquels ils se portent ne sont pas capables de donner la mort à votre âme ; prenez bien garde à votre langue, de crainte qu'elle ne soit un glaive qui ne tue votre pauvre âme. – Mais, me direz-vous, quelles sont donc les personnes qui prennent toutes ces précautions ? Nous sommes bien tous perdus, s'il faut prendre toutes ces mesures. – Nous ne sommes pas, il faut espérer, tous perdus ; mais il est toujours vrai de dire que, s'il y en a si peu qui suivent tout cela, il y en aura aussi bien peu qui arriveront au ciel. Voici, M.F., ce que nous devons faire : tous les matins après notre prière, il faut prévoir les occasions que nous aurons, d'offenser le bon Dieu, afin de pouvoir les éviter, et demander au bon Dieu la grâce et la force de ne point succomber ; le soir, il nous faut nous rendre compte à nous-mêmes, pour voir si nous avons été fidèles à nos résolutions : si nous sommes tombés, il faut, sans nous décourager, en gémir devant le bon Dieu, et lui demander de nouveau la grâce d'être plus fermes à l'avenir. Non, M.F., rien de plus avantageux que cette pratique pour nous procurer le bonheur de nous corriger, de nous faire apercevoir nos fautes ; ce n'est que de cette manière que nous viendrons à bout de nous donner au bon Dieu. Comment voulez-vous que nous puissions connaître nos péchés et les quitter, si nous ne rentrons en nous-mêmes, au moins une ou deux fois chaque jour ? Hélas ! M.F., malgré notre vigilance, que de péchés nous allons trouver à la mort, que nous n'avions pas vus pendant notre vie ! D'après cela, je vous laisse à penser dans quel état va se trouver une pauvre personne qui aura passé une partie de sa vie sans revenir sur ses pas. Hélas ! quel étonnement et quelle frayeur, ou plutôt quel désespoir ! Tenez, M.F., voyez un homme qui veut conserver sa santé ; voyez combien il prend de précautions pour éloigner tous les dangers ; il se prive de tout ce qui peut nuire à sa santé. Et pourquoi ; M.F., ne faisons--nous pas de même pour notre pauvre âme ? N'est-elle pas encore plus précieuse que notre corps ? 2? En second lieu, nous avons dit qu'avec ce remède, qui est de veiller sans cesse sur tous les mouvements de notre cœur, il faut encore fuir avec grand soin tout ce qui peut nous porter au mal, ou nous refroidir dans le service de Dieu.
Oui, M.F., si nous voulons nous conserver pour le ciel, nous devons fuir et éviter toutes les occasions prochaines du péché, c'est-à-dire les personnes dangereuses, et les lieux où ordinairement nous offensons le bon Dieu, quand nous y sommes ; il ne faut nous y trouver qu'autant que nous ne pouvons mieux faire. Vous allez dans une veillée, où presque toute la soirée se passe à médire, à calomnier le prochain, à dire de mauvaises raisons, à chanter de mauvaises chansons. Et pourquoi, M.F., y allez-vous ? – Mais, me direz-vous, il faut bien aller en quelque endroit. – Cela est bien vrai ; mais toutes les veillées ne sont pas de même : si vous y allez volontairement, au jour du jugement vous allez vous trouver coupables de tous les péchés qui se sont commis en votre présence. Vous ne le croyez pas ? Mais, au jour du juge-ment, vous le verrez. Hélas ! que vous serez fâchés de vous être rendus coupables de tant de péchés, et cela par votre seule présence ! Combien de fois vous avez cherché la compagnie d'une telle personne qui, par ses ma-nières ou sa présence, vous donnait de mauvaises pensées, faisait naître en vous de mauvais désirs ! Puisqu'elle est pour vous une occasion de péché, vous devez la fuir ; sinon, vous faites mal, parce que vous vous exposez à la tentation. Vous ne devez plus compter sur vos résolutions, parce que vous y avez tant de fois manqué ; d'ail-leurs votre propre expérience vous en a appris bien plus que je ne pourrais vous en apprendre et même plus que je n'oserais vous en dire. Il est vrai que souvent, ce qui est une occasion de péché pour les uns ne l'est pas pour les autres ; c'est à chacun de nous à examiner nos dispositions particulières, afin de nous conduire de manière à ne pas donner la mort à notre âme, mais à la conserver pour le ciel. Je vais vous montrer cela d'une manière encore plus claire.
J'appelle mauvaise compagnie, M.F., cet homme sans religion qui ne s'embarrasse ni des commandements de Dieu, ni de ceux de l'Église, qui ne connaît ni Carême, ni Pâques, qui ne vient presque jamais à l'église, ou, s'il y vient, ce n'est que pour scandaliser les autres par ses manières si peu religieuses : vous devez le fuir, sans quoi vous ne tarderez pas de lui ressembler, même sans vous en apercevoir ; il vous apprendra par ses mauvais discours, ainsi que par ses mauvais exemples, à mépriser les choses les plus saintes et à négliger vos devoirs les plus sacrés. Il commencera à tourner en ridicule votre piété, à faire quelque plaisanterie sur la religion et sur ses ministres ; il vous débitera quelques calomnies sur les prêtres et sur la confession, au point qu'il vous fera perdre entièrement le goût pour la fréquentation des sacrements ; il ne parlera des instructions de vos pasteurs que pour les tourner en ridicule ; et, vous êtes sûrs que, si vous le fréquentez quelque temps, vous verrez que, sans vous en apercevoir, vous allez perdre le goût pour tout ce qui a rapport au salut de votre âme. J'appelle mauvaise compagnie, M.F., ce jeune ou ce vieux mal-embouché qui n'a que de sales paroles à la bouche. Prenez bien garde, M.F., cette personne a la peste ! Si vous la fréquentez, vous êtes sûrs qu'elle vous la donnera et que, sans un miracle de la grâce, vous mourrez ; le démon se servira de ce misérable pour salir votre imagination et pourrir votre cœur. J'appelle mauvaise compagnie, M.F., ce joueur ou cet ivrogne de profession : quelque sobre et bien rangé que vous soyez, il vous aura bientôt perdu en vous faisant manger votre argent dans les jeux et les cabarets ; vous finirez par devenir la désolation de votre famille et le scandale de toute la paroisse. J'appelle mauvaise compagnie, M.F., cette personne curieuse, inquiète et médisante, qui veut savoir tout ce qui se passe dans les maisons, qui est toujours prête à juger ce qui ne la regarde pas. Le Saint-Esprit nous dit que ces personnes non seulement sont odieuses à tout le monde, mais encore qu'elles sont maudites du Seigneur . Fuyez-les, M.F., sans quoi vous allez faire comme elles. Vous-même y périrez : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. »
Si les mauvaises compagnies sont si à craindre, M.F., les mauvais livres ne le sont pas moins. Il ne faut souvent que la lecture d'un mauvais livre pour perdre une personne. Hélas ! M.F., combien de personnes, de pauvres misérables, qui ont chez eux des cahiers de chansons mauvaises, et qui les prêtent aux uns et aux autres ! Hélas ! quel sera leur jugement ? Que vont-ils répondre lorsque le bon Dieu va leur montrer qu'ils ont tant perdu d'âmes par les mauvaises chansons qu'ils ont prêtées ou par celles qu'ils ont chantées ? Ne conviendrez-vous pas avec moi, M.F., que si nous ne fuyons pas toutes ces sortes de personnes, nous sommes à peu près sûrs de nous perdre pour l'éternité ?
Mais voici le dernier moyen que nous devons prendre pour vaincre l'ennemi de notre salut : c'est la prière. Oui, M.F., c'est elle qui rend efficaces tous les autres moyens que nous pouvons prendre et dont nous venons de parler ; sans elle, c'est-à-dire, sans la prière, toutes nos précautions ne nous serviront de rien. C'est ce que je vais vous montrer d'une manière bien sensible, et cela par un exemple.
Nous lisons dans l'Écriture sainte que, pendant que Josué combattait dans la plaine contre les Amalécites, Moïse était en prière sur la montagne, ayant les bras étendus et les mains élevées vers le ciel. Tant que ses mains étaient ainsi élevées vers le ciel, le peuple de Dieu battait les ennemis ; mais dès que ses bras fatigués de lassitude tombaient, les ennemis avaient le dessus. L'on fut obligé de lui soutenir les bras jusqu'à la fin du combat, et les Amalécites furent défaits et taillés en pièces, non par la valeur des combattants, mais par les prières du serviteur de Dieu . Cet exemple nous montre, M.F., que la prière est non seulement bien efficace, mais encore de toute nécessité pour vaincre les ennemis de notre salut.
D'ailleurs, M.F., voyez tous les saints : ils ne se contentaient pas de veiller et de combattre pour vaincre les ennemis de leur salut, et de fuir tout ce qui pouvait leur servir de tentation ; mais ils passaient toute leur vie à prier, non seulement le jour, mais bien souvent la nuit tout entière. Oui, M.F., nous aurons beau veiller sur nous-mêmes, sur tous les mouvements de notre cœur, nous aurons beau fuir, si nous ne prions pas, si nous n'avons pas continuellement recours à là prière, tous nos autres moyens ne nous serviront de rien, nous serons vaincus. Nous voyons que, dans le monde, il y a beaucoup d'occasions que nous ne pouvons pas fuir ; comme par exemple, un enfant ne peut pas fuir la compagnie de ses parents à cause de leurs mauvais exemples ; mais il peut prier, la prière le soutiendra.
Mais encore, supposons que nous pouvons fuir les personnes qui donnent les mauvais exemples, nous ne pouvons pas nous fuir nous-mêmes, qui sommes notre plus grand ennemi. Le pourrions-nous, si le Seigneur ne veille pas à notre conservation, toutes nos mesures ne nous serviront de rien . Non, M.F., nous ne trouverons pas un pécheur qui se soit converti sans avoir eu recours à la prière ; pas un qui ait persévéré sans avoir eu grandement recours à la prière ; et vous ne trouverez pas un chrétien damné qui n'ait commencé sa réprobation par le défaut de prière. Nous voyons aussi combien le démon craint celui qui prie, puisqu'il n'y a point de moment où il nous tente davantage que celui où nous prions ; il fait tout ce qu'il peut pour nous empêcher de prier. Lorsque le démon veut perdre une personne, il commence par lui inspirer un grand dégoût pour la prière ; quelque bonne chrétienne qu'elle soit, s'il vient à bout de lui faire quitter ou mal faire, ou négliger sa prière, il est sûr de l'avoir. Si vous voulez encore mieux le comprendre, dites-moi, depuis quel temps est-ce que vous ne résistez plus aux tentations que le démon, vous donne, et que vous laissez la porte de votre cœur ouverte à tout venant ? N'est-ce pas depuis que vous laissez vos prières, ou que vous ne les faites que par habitude, par routine seulement, ou pour vous débarrasser, et non pour plaire au bon Dieu ? Oui, M.F., dès que nous laissons nos prières, nous courons à grands pas vers l'enfer : de telle sorte que jamais nous ne reviendrons au bon Dieu, si nous n'avons pas recours à la prière. Oui, M.F., avec une prière bien faite, nous pouvons commander au ciel et à la terre, tout nous obéira.
Écoutez ce que Jésus-Christ nous dit lui-même pour nous montrer la nécessité de recourir à la prière : Tout est possible à la prière, nous dit-il, tout est promis à la prière bien faite . Voyez les Apôtres : avec la prière, ils faisaient marcher les paralytiques, ils faisaient entendre les sourds, marcher les boiteux , voir les aveugles, et ils ressuscitaient les morts .
Voulons-nous, M.F., n'être pas vaincus par le démon, notre cruel ennemi ? Ayons recours sans cesse à la prière. Mais il faut prier comme il faut, mais il faut que notre prière parte du fond de notre cœur, et non pas du bout des lèvres, comme nous le faisons presque toujours. Il faut encore que nous soyons bien persuadés que de nous-mêmes nous ne pouvons ni combattre ni vaincre, et que nous avons absolument besoin de la grâce de Dieu, et que cette grâce ne nous sera donnée que par la prière bien faite. Mais si nous avons le malheur d'être vaincu par le démon, sans nous décourager, il faut retourner au combat et ne plus compter sur nos résolutions, comme nous avons fait peut-être jusqu'à présent mais tout sur la bonté de Jésus-Christ, qui combattra avec nous et qui nous aidera à renverser notre ennemi.
Concluons, M.F., en disant que toutes les fois que nous avons péché, cela a été toujours parce que nous n'avons pas assez veillé sur nous-mêmes, pas assez fui les compagnies et les lieux qui pouvaient nous porter au mal, ou que nous n'avons pas prié, ou bien que nous avons mal prié.
Heureux, M.F., celui qui, à l'heure de la mort, pourra dire comme saint Paul : « J'ai bien combattu, mais avec la grâce de Dieu j'ai toujours résisté à la tentation ; me voilà au bout de ma course, mes combats sont finis, j'attends avec confiance la couronne de justice que le Seigneur, si bon qu'il est, a promise à tous ceux qui auront combattu et persévéré jusqu'à la fin . » C'est le bonheur que je vous souhaite. _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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 | Sujet: Re: Homelies Lun 6 Fév - 4:17 | |
| Homélie du dimanche 5 février 2012
5ème dimanche du temps ordinaire - B Livre de Job 7/1-4, 6, 7 – Première Lettre de saint Paul aux Corinthiens 9/16-22 – Evangile selon saint Marc 1/29-39. Job, abandonné de tous et même, semble-t-il, de Dieu, découvre que la vie peut devenir insupportable. Quand la souffrance s’installe, quand le mal semble avoir le dernier mot, il est compréhensible de hurler sa douleur, de crier son scandale, peut-être même de perdre l’espérance. A ces situations limites, la parole de l’Evangile n’offre pas de solutions magiques. Cependant l’Evangile nous rappelle constamment que le Christ Sauveur est toujours présent au moment où il faut :
quand la belle-mère de Simon se trouve malade, quand les malades de Capharnaüm cherchent un soulagement à leurs souffrances…
On nous a sans doute trop souvent prêché la résignation. Tout l’Evangile nous montre que Jésus ne se résigne jamais au mal qui accable les hommes dans leur vie personnelle et leur vie sociale. Sa mission est de rendre sensible la présence de Dieu dans le monde des créatures en quête d’harmonie, d’unité, de bonheur, de sens comme aussi en proie aux doutes, aux infirmités de toutes sortes, à ces déséquilibres qui traduisent un mal-être profond.
« Le soir n’en finit pas, soupire le pauvre Job, je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube ». Mais Jésus se refuse toujours d’accomplir son œuvre de salut d’une manière spectaculaire, dans un but de propagande. On lui dit : « Tout le monde te cherche » ; il répond : « Partons ailleurs… »
Partons prêcher, guérir, chasser les démons. Pas de lieu réservé, pas de moment privilégié : jours ordinaires et sabbats, lieux publics et privés… La mission est universelle. Jésus parle et agit pour faire circuler la vie, le pardon (et donc l’espérance), la liberté. Et, paradoxalement, alors que la mission est abondante, Jésus quitte la foule pour se retirer dans la solitude et prier silencieusement dans un face à face intime avec son Père. Jésus nous enseigne cela : pas d’action durable sans recul et sans contemplation. Rappelons-nous cela, en cette année dont l’orientation est une « Eglise qui prie », ce qui peut nous inciter à clarifier et purifier nos engagements missionnaires, à l’exemple de l’Apôtre Paul (cf. 2ème lecture) qui écrivait aux Corinthiens :
«Annoncer l’Evangile est une nécessité qui s’impose à moi… Je partage la faiblesse des faibles pour gagner aussi les faibles… Libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous… » P. Jean-Baptiste JEGO http://cathedrale-vannes.cef.fr/index.php/homelies-2012/811-homelie-du-dimanche-5-fevrier-2012- _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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 | Sujet: Re: Homelies Sam 11 Fév - 15:22 | |
| Dimanche de la Sexagésime Les cinq socles pour labourer la terre qu’est mon âme « Ce qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant écouté la parole avec un cœur bon et excellent, la retiennent et portent du fruit par la patience ». Il est bien évident, MBCF, que je souhaite que vous soyez tous de ce type, que vous soyez tous « cette bonne terre » qui reçoit avec fruit la « parole de Dieu » et ses « mystères ».
Ce sera le thème de mes réflexions de ce dimanche : Soyez « la bonne terre » du Seigneur. Que ses mystères produisent en vos âmes une fructueuse récolte, produisent cent pour un. Et pour qu’il en soit ainsi il faut que la terre soit bien labourée, bien fertilisée. On connaît la qualité du laboureur. C’est Dieu lui-même, NSJC. On connaît la terre. C’est nous, chacun d’entre nous. Mais quelles sont les conditions pour que la terre soit bonne ? Pour que notre terre soit bien labourée et que la « parole de Dieu » puisse porter de bons fruits ? Autrement dit : pour que la connaissance de Jésus soit fructueuse en nos âmes, quelles en sont les conditions ? Ou d’une manière imagée, quelles sont les socles de la charrue qui va labourer cet « univers » Voilà notre recherche dominicale bien précisée. La première condition, c’est que nous aimions le Saint Evangile, que nous aimions lire le Saint Evangile. Cet Evangile, inspiré par l’Esprit Saint, contient la description et les enseignements de Jésus. En lisant ces pages simples et sublimes, nous entendons le Christ nous parler et connaissons ainsi NSJC et ses mystères. Et ainsi nous sommes introduit dans la contemplation du mystère de Dieu. Car Jésus nous a dit : « Qui me voit, voit le Père ». Ce furent les paroles mêmes de Jésus à l’Apôtre Philippe. « Philippe ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi. Qui me voit, voit le Père ». Une autre condition pour que notre âme soit « la bonne terre » dont parle le Seigneur, qui porte cent pour un, c’est de vivre de la liturgie de l’Eglise. Jésus a dit à ses Apôtres avant de remonter en sa gloire à la droite du Père, « Je vous envoie comme mon Père m’a envoyé…Qui vous écoute m’écoute ». Dès lors on peut comprendre que l’on puisse se sanctifier en écoutant l’enseignement de l’Eglise qui s’exprime merveilleusement surtout dans sa liturgie. C’est par sa liturgie que l’Eglise éduque, élève les âmes de ses enfants pour les rendre semblables à Jésus. Ainsi l’Eglise déroule chaque année sous nos yeux, de Noël à l’Ascension, le cycle complet de sa liturgie. Elle nous fait ainsi participer aux mystères de « son Seigneur et Maître », nous en donnant le sens. Dans le mystère de Noël, que nous venons de vivre, l’Eglise nous fait contempler l’Incarnation du Verbe et nous savons que cette Incarnation est pour notre divinisation. Nous allons vivre très bientôt le mystère de la Passion…Alors nous pourrons méditer et l’amour sublime du Christ et comprendre la laideur du péché en contemplant les douleurs insondables de Fils de Dieu. Faut-il que le péché soit grave pour exiger une telle satisfaction, tant de douleurs. Notre cœur s’anoblie ainsi au contacte de ces mystère divins. Et l’on peut en dire autant de tous les mystères célébrés dans la liturgie de l’Eglise ? La Résurrection de Notre Divine Maître fera naître en nous la joie, l’espérance, le désir du Ciel et nous détachera de ce monde. Nous serons portés « à vivre pour Dieu ». Et puis chaque dimanche, l’Eglise détache, des textes de l’Ecriture Sainte, ses plus beaux joyaux pour édifier nos âmes. Si vous êtes attentifs, et si votre missel est vraiment votre livre le plus précieux, vous pourrez voir combien les textes du temps de Carême, chaque jour, sont merveilleusement choisis…Notre prière quotidienne peut y trouver largement son souffle…Dans la liturgie dominicale, ne soyez pas seulement attentif à la beauté du rite, à son déroulement, à la beauté des chants…Mais voyez plus profondément encore. La vertu des mystères fêtés dans la liturgie est surtout intérieure et c’est cette vertu que nous devons rechercher avant tout. N’oublions pas que les mystères du Christ sont aussi source de grâces. Il est dit du Christ que lorsqu’il était ici-bas, « une puissance sortait de sa personne qui guérissait les malade » « Virtus de illo exibat et sanabat omnes » (Lc 6 19). Il en est ainsi encore aujourd’hui. En suivant ainsi le Christ dans ses mystères, en nous unissons à Lui, nous participons peu à peu, mais surement, à sa divinité, à sa vie divine. C’est pourquoi saint Pie X a pu écrire : « La participation active des fidèles aux saints mystères et à la prière publique et solennelle de l’Eglise est la source première et indispensable de l’esprit chrétien ». Mais cette contemplation liturgique des Mystères chrétiens ne produira ses effets que si nous cultivons aussi la foi, la révérence et l’amour. Voilà les trois autres « socles » qui vont bien labourer notre âme. La foi est la disposition fondamentale. Pour comprendre et goûter ces mystères divins, il faut la foi. Dans bien des mystères, la divinité de NSJC se cache. Pour voir Dieu dans l’enfant de la crèche, il faut la foi. Pour voir Dieu dans ce « maudit » suspendu au gibet, il faut la foi. Pour contempler sous les apparences du pain et du vin, Dieu réellement présent, il faut la foi, la foi en la toute puissance de Dieu. Sans la foi, nous ne pénétrerons jamais dans le mystère. Mais avec la foi, nous pouvons contempler et être avec Dieu. « Bienheureux ceux qui ne m’ont pas vu et qui ont cru en moi ». Ces paroles s’adressent à nous. Bienheureux sommes nous si nous avons la foi. Elle nous permet de soulever les montagnes. Elle nous permet de voir au-delà des espèces du pain et du vin, la présence du Christ dans l’Eucharistie, de nous approcher de lui, de nous nourrir de Lui, de sa divinité. Elle nous permet de ne pas vivre comme des orphelins, mais bien comme des enfants qui vivent dans l’intimité et dans la joie de leur Maître. Par la foi, je peux confesser que ce « pain des Anges » est la source de la vie éternelle. « Celui qui mange mon Corps et boit mon Sang a la vie éternelle ». Oh quel merveilleux langage ! Mais seule la foi peut le professer et le comprendre. Alors parce que je sais que ce « Jésus de Nazareth » est Dieu, né de Dieu, Lumière de lumière, alors je goûte ses paroles étonnantes qu’il prononçait avant son agonie : « Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie, puisque vous lui avez donné autorité sur toute chair, afin que, à tous ceux que vous lui avez donné, il donne la vie éternelle ». Alors je peux comprendre, avec la foi seul, que ces paroles concernent la Passion qui vient et que c’est dans cette Passion dans ce mystère de la Rédemption, que le Fils va glorifier le Père et que cette Passion sera source de vie éternelle…. tel est le mystère de la Rédemption, son fruit, la glorification du Père et la vie éternelle.
Ainsi on peut dire que c’est la mesure de notre foi qui va mesurer notre participation aux mystères contemplés dans la liturgie. Plus j’ai la foi, plus je communie aux mystères de Dieu. Regardez les Apôtres. Regardez Marie Madeleine. Regardez Saint Jean, Notre Dame. Ils sont aux pieds de la Croix communiant intensément au mystère rédempteur…A tel point que l’on peut vénérer ND est comme co-rédemptrice. Quelle foi ! Et quelle participation ! Et l’intensité de notre foi – qui est le troisième socle de notre charrue pour labourer notre âme – ferra naître en notre âme respect et amour, les deux autres socles. Le respect. Nous devons nous approcher du Christ avec infiniment de respect et de révérence. Car le Christ est Dieu, le Tout-Puissant. Il est l’être infini qui possède toute sagesse, toute justice, toutes les perfections, le souverain Maître de toutes choses, le Créateur de tout ce qui est et la fin dernière de tout ce qui existe, la source de toute béatitude. Partout où il se trouve Jésus reste Dieu, même lorsqu’il se donne avec toute bonté et libéralité comme auprès de Marie Madeleine qui le touche avec un infini respect. Quand la foi est vive, cette révérence est si profonde qu’elle nous fait prosterner devant cet Homme-Dieu pour l’adorer : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant » Le respect. Tel est le quatrième socle qui nous permet de bien cultiver notre âme pour qu’elle soit une bonne terre ; La charité est le cinquième socle. Elle nait nécessairement de la contemplation des mystères du Christ. Car tous ses mystères sont des mystères de Charité. Je contemple la Charité. Je vis de charité. L’humilité de la crèche, l’obscurité de la vie cachée, les fatigues de la vie publique, les tourments de la Passion, la gloire de la Résurrection, tout cela est dû à la charité. C’est la charité surtout qui se révèle et éclate dans les mystères de Jésus. Et c’est surtout par la charité que nous les comprenons. « Et nos credidimus caritati ». Ainsi l’Ecriture Sainte, la liturgie de l’Eglise, la foi, le respect, la charité : telles sont les cinq socles de la charrue qui, à coup sûr, labourera bien ma terre, c’est-à-dire mon âme.
Faites ainsi et vous ferez jaillir de votre terre bien labourée, la source de la vie éternelle
_________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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 | Sujet: Re: Homelies Dim 19 Fév - 14:28 | |
| De la Charité.
18 Feb 2012
Dimanche de la Quinquagésime. La semaine dernière, il vous en souvient, sans doute, nous vous avions parlé des « cinq socs de la charrue » pour labourer notre âme, pour en faire une âme chrétienne, vrai disciple de NSJC. Ces cinq socs sont, disions-nous, -la lecture du Nouveau Testament. Aimer lire le Nouveau Testament pour mieux connaître l’esprit de NSJC, -aimer la liturgie pour célébrer avec l’Eglise les mystères du Christ Seigneur -et faire cela avec esprit de foi, de respect et de charité. Nous avions, sur chacun de ces cinq points, donné quelques considérations. Aujourd’hui la liturgie de l’Eglise nous permet d’approfondir un de ces cinq points. Je m’en réjouis. Nous parlerons ainsi de la Charité puisque c’est le sujet de cette magnifique Epître de saint Paul aux Corinthiens. Voilà l’enseignement de saint Paul sur la charité La charité est la vertu nécessaire et indispensable pour être dit « chrétien ». C’est la vertu du disciple du Christ. Elle doit être toujours présente et active dans la conduite chrétienne.
Il est impossible de se prétendre disciple de Jésus si l’on n’a pas la charité, la seule voie du royaume céleste. On peut exceller dans tous les charismes, on peut avoir tous les dons, comme le dons des langues, comme le don de prophétie, de sagesse, de connaissance et de foi, si on n’a pas la charité, tous ces dons ne servent à rien, toute cette richesse « pneumatique » n’est rien du point de vue des valeurs proprement chrétiennes. Dieu peut bien accorder le don des langues, le don de « la langue des hommes et des anges », si le bénéficiaire ne possède pas la charité, tout cela n’aboutit à rien. Il est comme une chose morte, un pur « son » qui passe. Parler sans charité, c’est faire du bruit, comme le plus pauvre des instruments de musique, c’est comme déplacer de l’air. Ce n’est pas cela qui rend une âme convaincante et convaincue. Plus encore, dit saint Paul. Même si vous prenez le cas de ces chrétiens dévoués qui donnent tout ce qu’ils possèdent et n’hésitent même pas à se sacrifier pour le bien de leurs frères…même cela, devant Dieu, ne sert de rien, s’il n’y a pas la Charité. Même se sacrifier, même donner son corps aux flammes, comme nous le propose la mystique hindoue, s’il n’y a pas la charité de Dieu, cela ne sert de rien. Tous ces renoncements, même le plus ultimes, l’immolation…tout cela ne sert à rien si leur auteur ne possède pas la charité.
Disons le clairement pour suivre l’enseignement de saint Paul : seule la charité est « profitable » devant Dieu, elle est le plus grand des trésors.
Cette charité est enfin immuable puisqu’elle ne cessera pas à la mort du fidèle, comme la foi et l’espérance, mais subsistera dans l’autre monde. La foi et l’espérance disparaitront car ces deux vertus possèderont leur objet, la foi sera changée par la claire vision de Dieu, l’espérance aussi, car on n’espère plus un objet dès lors qu’on le possède. Mais la Charité continuera de s’exercer dans une totale plénitude, de plus en plus, possédant à jamais son objet, certain de ne plus jamais le perdre. Saint Paul veut ainsi montrer l’excellence de la charité. C’est vraiment la vertu des vertus. .C’est le bien suprême, summum bonum, l’unique nécessaire. Mais quelle est la nature de cette charité ? Cet amour, qu’est-il ? « La charité est patiente ». C’est la première note de la Charité. C’est cette note que l’on retrouve dans le sermon sur la montagne de Jésus. Mais surtout c’est celle qui domine dans la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ. A tel point que l’on peut dire qu’il y a comme une identité entre la Passion du Christ et les notes de la charité, ici donnés par Saint Paul, comme si la seule contemplation de la Passion du Seigneur, permettait de dire les notes de la Charité. C’est pourquoi, du reste, dans l’Evangile nous avons la première annonce et la description de la Passion de Jésus qui vient… Elle est donc patiente, comme le Christ fut patient tout au long de sa Passion…oh Combien ! La patience est souvent loué dans les Psaumes comme étant l’attribut divin par excellence ; Dieu est patient, « lent à la colère ». C’est la « longanimité » sous les injures, elle les subit sans les rendre, sans donner cours au « tupos ». De même que Dieu freine sa colère pour donner au pécheur le temps de se convertir, les fils de Dieu doivent vaincre leurs ressentiments et faire taire leur désir de vengeance. On ne saurait obtenir cette victoire sans beaucoup d’amour et d’humilité. Elle suppose en conséquence une très grande force d’âme et nimbe le charitable de douceur et de mansuétude. C’est donc une souveraine maitrise que garde le chrétien. C’est pourquoi le charitable est établi dans une tranquillité intérieure, nullement faite de raideur ou de mépris, mais souveraine. Cette patience jamais aigrie qui ignore la crainte ainsi que la susceptibilité est bien proche de la magnanimité. Ainsi la charité est un amour de noblesse, de respect et de générosité, même envers les ennemis. Qui possède cette charité patiente est bien proche du Christ supportant son sacrifice. Ne fut-il pas tel durant sa Passion ? La patience est bénigne. Ce terme – bénignité – évoque en premier l’idée de noblesse, d’excellence, de bienveillance et enfin d’affabilité. Elle suggère l’accueil à la fois délicat et généreux du chrétien envers ses frères. Le charitable se multiplie en prévenances, en aides, en bienfaisances, toujours sous un mode aimable et souriant. Ainsi cette note laisse entendre que la charité, pour être authentique, doit se manifester, se prouver. Elle se prodigue en soins multiples et délicat, en marque de tendresse et de dévouements spontanés, dans une atmosphère de charme et de douceur exquise. Elle manifeste la joie d’être avec son prochain. Elle est donnant de son temps. C’est vraiment le Christ au milieu de ses disciples…de sorte que l’on peut changer le mot charité par celui du Christ. On aura alors : le « Christ est patient », le « Christ est plein de bénignité ». « La charité n’est pas envieuse » Apres la double notation du caractère magnanime et généreux de la charité, il va de soi que toutes les mesquineries de la jalousie sont exclues. D’autant que l’envie est essentiellement une tristesse alors que la charité est essentiellement joyeuse. Elle cimente l’union et les relations fraternelles…alors que la jalousie et l’envie séparent, accusent les distances, refusent les inégalités. La jalousie est faite d’animosité et de colère. Elle suscite emportements, discordes, querelles. Tout cela est répudié par la charité. « La charité ne se vante point ». « elle ne s’enfle point d’orgueil » i.e. Elle n’est pas arrogante, elle ne manque pas de mesure ; elle ne tient pas de propos inconsidérés. Elle n’est pas insolente. Elle n’est pas vaniteuse. De soi, la charité est pondérée, légèrement grave. Il n’y a ni vantardise, ni ostentation dans le charitable. Elle fait bon commerce avec l’humilité. « La charité ne fait rien d’inconvenant ». Elle évite ce qui choque et scandalise. Elle évite tout propos désobligeant et blessant. Elle est faite de respect et de politesse. C’est la vertu de bienséance. Elle a le sens de l’honneur. « Elle ne cherche pas son intérêt ». Elle est désintéressée. Saint Paul oppose radicalement charité et égoïsme. La charité ne cherche pas son avantage personnel, mais le bien des autres. « Elle ne s’irrite pas ». La charité garde toujours la mesure, elle empêche le chrétien de perdre le contrôle de lui-même. Certes on doit s’indigner contre le mal et éprouver de la colère, mais le disciple de Jésus-Christ ne sera jamais gratuitement emporté et agressif. Il évitera surtout de garder à l’endroit de son prochain de l’aigreur. Le charitable n’a pas un caractère « pointu ». « Elle ne tient pas compte du mal » ce qui peut se traduire de deux manières :
-soit elle ne juge pas, n’apprécie pas le mal qu’elle découvre dans le prochain, elle veut l’ignorer, ce qui serait l’exclusion du jugement téméraire ;
-soit elle n’enregistre pas le mal qu’on lui a fait, ne le passe point en compte. C’est donc plus que l’absence de rancune, c’est l’oubli. La charité, quant il s’agit du mal, n’a pas de mémoire. Elle est toujours prête à reprendre des relations confiantes avec autrui. Telle est, du reste, la conduite de Dieu avec les pécheurs….Et Jésus excusait ses bourreaux…Vraiment il est le modèle parfait de la charité.
« Elle ne se réjouit pas de l’injustice ». Si oublieuse du mal qu’on lui a fait, la charité est au contraire extrêmement attentive au mal qui pourrait atteindre le prochain. Très attentive à la justice. Elle s’afflige du mal, de l’injustice qui atteint son prochain. Par contre elle se réjouit de la vérité, du bien et de la vertu. Le charitable prend part activement à l’allégresse du bien fait et du vrai dit. Il se réjouit des propos de Mgr Schneider confessant enfin ce que la critique traditionaliste a toujours dit des cinq plaies de la liturgie issue du Concile Vatican II, l’abolition du latin, l’abolition du grégorien, la célébration de la messe tournée vers le peuple, la distribution de la communion dans la main, la perte des prières de l’offertoire utilisées dans le rite tridentin…La charité applaudit au bien et au v rai. Non seulement elle s’en réjouit, mais elle témoigne son accord et prodigue ses louanges. C’est la contradictoire de l’esprit sectaire. La charité est un amour qui se prodigue extérieurement, qui sait discerner les vraies valeurs, celles proposées par Benoît XVI : la défense de la vie, la défense de la famille et l’éducation, et qui s’y rallie avec joie, les approuvant et les exaltant. Oui ! La charité est au antipode de l’esprit sectaire… « La charité excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout » Elle excuse tout, c’est-à-dire, elle dissimule le mal du prochain. Elle ne l’ébruite pas, elle le recouvre comme un manteau d’oubli, telle une mère, les fautes de son enfant. D’ailleurs la charité est inclinée à tout interpréter en bien.
Elle fait confiance au prochain sans suspecter ses intentions…Même si elle n’est pas crédule…
La charité est toujours optimiste et magnanime, elle escompte le triomphe du bien.
Vraiment cet hymne de saint Paul à la charité est tout autant un hymne à la gloire du Christ. _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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 | Sujet: Re: Homelies Dim 19 Fév - 16:54 | |
| CONSISTOIRE ORDINAIRE PUBLIQUE POUR LA CRÉATION DE NOUVEAUX CARDINAUX ET POUR LE VOTE SUR QUELQUES CAUSES DE CANONISATION
CONCÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE AVEC LES NOUVEAUX CARDINAUX
HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI
Basilique vaticane Dimanche 19 février 2012 Messieurs les Cardinaux, Vénérés frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce, Chers frères et sœurs ! En la solennité de la Chaire de Saint Pierre Apôtre, nous avons la joie de nous rassembler autour de l’Autel du Seigneur avec les nouveaux Cardinaux, qu’hier j’ai agrégés au Collège cardinalice. C’est à eux avant tout que j’adresse mon cordial salut, remerciant le Cardinal Fernando Filoni pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de tous. J’étends ma salutation aux autres Cardinaux et à tous les Prélats présents, ainsi qu’aux Autorités, à Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, aux prêtres, aux religieux et à tous les fidèles, venus des différentes parties du monde pour cette heureuse circonstance, qui revêt un caractère particulier d’universalité. Dans la seconde lecture proclamée il y a quelques instants, l’Apôtre Pierre exhorte les « Anciens» de l’Église à être des pasteurs zélés et prévenants du troupeau du Christ (cf. 1 Pt 5, 1-2). Ces paroles sont avant tout adressées à vous, chers et vénérés Frères, qui avez déjà de nombreux mérites auprès du Peuple de Dieu pour l’œuvre généreuse et sage menée dans le Ministère pastoral dans des Diocèses importants, dans la direction des Dicastères de la Curie Romaine, ou encore dans le service ecclésial de l’étude et de l’enseignement. La nouvelle dignité qui vous a été conférée veut manifester l’estime pour votre fidèle travail dans la vigne du Seigneur, rendre honneur aux Communautés et aux Nations d’où vous venez et dont vous êtes de dignes représentants dans l’Église, vous investir de nouvelles et plus importantes responsabilités ecclésiales, et enfin vous demander un supplément de disponibilité pour le Christ et pour la Communauté chrétienne tout entière. Cette disponibilité au service de l’Évangile est solidement fondée sur la certitude de la foi. Nous savons en effet que Dieu est fidèle à ses promesses et nous attendons dans l’espérance la réalisation de ces paroles de l’apôtre Pierre : « Et quand se manifestera le berger suprême, vous remporterez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas » (1 Pt 5, 4). Le passage évangélique d’aujourd’hui présente Pierre qui, mû par une inspiration divine, exprime sa foi solide en Jésus, le Fils de Dieu et le Messie promis. En réponse à cette profession de foi limpide, faite par Pierre mais aussi au nom des autres Apôtres, le Christ lui révèle la mission qu’il entend lui confier, autrement dit celle d’être la « pierre », le « rocher », le fondement visible sur lequel est construit tout l’édifice spirituel de l’Église. (cf. Mt 16,16-19). Cette dénomination de « rocher-pierre » ne fait pas référence au caractère de la personne, mais doit être comprise seulement à partir d’un aspect plus profond, du mystère : à travers la charge que Jésus lui confère, Simon-Pierre deviendra ce qu’il n’est pas par « la chair et le sang ». L’exégète Joachim Jeremias a montré qu’en arrière-plan se trouve le langage symbolique du « rocher saint ». A cet égard peut nous venir en aide un texte rabbinique dans lequel on affirme : « Le Seigneur dit ‘ Comment puis-je créer le monde, quand surgiront ces sans-Dieu et qu’ils se révolteront contre moi ?’. Mais quand Dieu vit qu’Abraham devait naître, il dit : ‘Regarde, j’ai trouvé un roc, sur lequel je peux construire et fonder le monde’. C’est pourquoi il appela Abraham un rocher ». Le prophète Isaïe y fait référence quand il rappelle au peuple « regardez le rocher d’où l’on vous a taillés… Abraham votre père » (51, 1-2). Abraham, le père des croyants, avec sa foi est vu comme le roc qui soutient la création. Simon, qui le premier a confessé Jésus en tant que Christ et a été le premier témoin de la résurrection, devient maintenant avec sa foi renouvelée, le roc qui s’oppose aux forces destructrices du mal. Chers frères et sœurs ! Cet épisode évangélique que vous avons écouté trouve une explication autre et plus éloquente encore dans un élément artistique très connu qui orne cette Basilique Vaticane : l’autel de la Cathèdre. Quand on parcourt la grandiose nef centrale et, dépassant le transept, on arrive à l’abside, on se trouve devant un énorme trône de bronze, qui semble élevé dans les airs, mais qui en réalité est soutenu par les quatre statues des illustres Pères de l’Église d’Orient et d’Occident. Et au-dessus du trône, entourée par un triomphe d’anges suspendus dans les airs, resplendit dans la fenêtre ovale la gloire de l’Esprit-Saint. Que nous dit cet ensemble sculpté, dû au génie du Bernin ? Il représente une vision de l’essence de l’Église et, à l’intérieur de celle-ci, du magistère pétrinien. La fenêtre de l’abside ouvre l’Église sur l’extérieur, vers la création tout entière, tandis que l’image de la colombe de l’Esprit-Saint montre Dieu comme la source de la lumière. Mais il y a encore un autre aspect à mettre en valeur : l’Église elle-même est en effet, comme une fenêtre, le lieu dans lequel Dieu se fait proche et va à la rencontre de notre monde. L’Église n’existe pas pour elle-même, elle n’est pas un point d’arrivée, mais elle doit renvoyer au-delà d’elle-même, vers le haut, au-dessus de nous. L’Église est vraiment elle-même dans la mesure où elle laisse transparaître l’Autre – avec un « A » majuscule – de qui elle provient et à qui elle conduit. L’Église est le lieu où Dieu « arrive » à nous, et où nous, nous « partons » vers Lui ; elle a le devoir d’ouvrir au-delà d’elle-même ce monde qui tend à se fermer sur lui-même et de lui porter la lumière qui vient d’en-haut, sans laquelle il deviendrait inhabitable. La grande chaire de bronze renferme un siège en bois du IXè siècle, qui fut longtemps considéré comme la cathèdre de l’apôtre Pierre et fut justement placé sur cet autel monumental en raison de sa grande valeur symbolique. Il exprime en effet la présence permanente de l’Apôtre dans le magistère de ses successeurs. Le siège de saint Pierre, peut-on dire, est le trône de la Vérité, qui tire ses origines du mandat du Christ après la confession à Césarée de Philippe. Le siège magistériel renouvelle aussi en nous la mémoire des paroles adressées par le Seigneur à Pierre au Cénacle : « Moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32). La chaire de Pierre évoque un autre souvenir : la célèbre expression de saint Ignace d’Antioche, qui dans sa lettre aux Romains appelle l’Église de Rome « celle qui préside à la charité » (Inscr. : PG 5, 801). En effet le fait de présider dans la foi est inséparablement lié au fait de présider dans l’amour. Une foi sans amour ne serait plus une authentique foi chrétienne. Mais les paroles de saint Ignace ont encore une autre résonnance beaucoup plus concrète : le mot « charité » était aussi utilisé par l’Église des origines pour parler de l’Eucharistie. En effet, l’Eucharistie est Sacramentum caritatis Christi, par lequel Celui-ci continue à nous attirer tous à Lui, comme Il le fit du haut de la croix (cf. Jn 12, 32). Par conséquent, « présider à la charité » signifie attirer les hommes dans une étreinte eucharistique - l’étreinte du Christ -, qui vainc toute barrière et tout manque de relation, et crée la communion à partir des différences multiples. Le ministère pétrinien est donc primauté dans l’amour au sens eucharistique, autrement dit sollicitude pour la communion universelle de l’Église dans le Christ. L’Eucharistie est la forme et la mesure de cette communion et la garantie qu’elle demeure fidèle au critère de la tradition de la foi. La grande chaire est soutenue par les Pères de l’Église. Les deux maîtres de l’Orient, saint Jean Chrysostome et saint Athanase, avec les latins, saint Ambroise et saint Augustin, représentent l’ensemble de la tradition et donc la richesse de l’expression de la vraie foi dans l' Église unique et sainte. Cet élément de l’autel nous dit que l’amour s’appuie sur la foi. Il s’effrite si l’homme ne compte plus sur Dieu ni ne Lui obéit plus. Tout dans l’Église repose sur la foi : les sacrements, la liturgie, l’évangélisation, la charité. Même le droit, même l’autorité dans l’Église reposent sur la foi. L’Église ne s’auto-régule pas, elle ne se donne pas à elle-même son ordre propre, mais elle le reçoit de la Parole de Dieu, qu’elle écoute dans la foi et qu’elle cherche à comprendre et à vivre. Les Pères de l’Église ont dans la communauté ecclésiale la fonction de garants de la fidélité à la Sainte Écriture. Ceux-ci assurent une exégèse fiable, solide, capable de former avec la chaire de Pierre un ensemble stable et homogène. Les Saintes Écritures, interprétées avec autorité par le Magistère à la lumière des Pères, éclairent le chemin de l’Église dans le temps, lui assurant un fondement stable au milieu des mutations historiques. Après avoir considéré les divers éléments de l’autel de la Chaire, jetons vers lui un regard d’ensemble. Nous voyons qu’il est traversé par un double mouvement : ascendant et descendant. C’est la réciprocité entre la foi et l’amour. La chaire est bien mise en relief en ce lieu, puisqu’ici se trouve la tombe de l’Apôtre Pierre, mais elle aussi tend vers l’amour. En effet, la foi est orientée vers l’amour. Une foi égoïste ne serait pas une foi vraie. Qui croit en Jésus-Christ et entre dans le dynamisme d’amour qui trouve sa source dans l’Eucharistie, découvre la vraie joie et devient à son tour capable de vivre selon la logique de ce don. La vraie foi est éclairée par l’amour et conduit à l’amour, vers le haut, comme l’autel de la Cathèdre élève vers la fenêtre lumineuse, la gloire de l’Esprit-Saint, qui constitue le vrai point focal pour le regard du pèlerin quand il franchit le seuil de la Basilique Vaticane. A cette fenêtre, le triomphe des anges et les grands rayons dorés donne le plus grand relief avec un sens de plénitude débordante qui exprime la richesse de la communion avec Dieu. Dieu n’est pas solitude, mais amour glorieux et joyeux, rayonnant et lumineux. Chers frères et sœurs, à nous, à chaque chrétien est confié le don de cet amour : un don à répandre par le témoignage de notre vie. Ceci est particulièrement votre devoir vénérés Frères Cardinaux : témoigner la joie de l’amour du Christ. A la Vierge Marie, présente dans la Communauté apostolique réunie en prière dans l’attente du Saint Esprit (cf. Ac 1, 14), nous confions à présent votre nouveau service ecclésial. Que la Mère du Verbe Incarné protège la marche de l’Église, soutienne l’œuvre des Pasteurs par son intercession et accueille sous son manteau tout le Collège cardinalice. Amen ! © Copyright 2012 - Libreria Editrice Vaticana http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2012/documents/hf_ben-xvi_hom_20120219_nuovi-cardinali_fr.html?utm_source=ActuVatican&utm_medium=twitter _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


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 | Sujet: Re: Homelies Dim 19 Fév - 16:59 | |
| VIDEO - en italien -
mais a visionner, pour le plaisir des yeux
c'est a chaque fois tellement emouvant de voir notre Saint-Pere
- sous
http://player.rv.va/vaticanplayer.asp?language=it&tic=VA_4W14JWIB _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


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 | Sujet: Re: Homelies Dim 26 Fév - 11:07 | |
| Le vrai ministre de Dieu
25 Feb 2012
Ier dimanche de Carême
« Montrons nous en toutes choses comme des ministres de Dieu »
Dans cette Epître aux Corinthiens, saint Paul semble vouloir donner les caractéristiques du vrai ministre de Dieu. Il en fait comme une énumération.
« Montrons-nous en toutes choses comme des ministres de Dieu ». La première qualité du ministre de Dieu que met en avant saint Paul, c’est la patience :
« Montrons nous en toutes choses comme des ministres de Dieu, par une grande patience » dans les difficultés ;
il poursuit : « par la chasteté »,
deuxième qualité ; « par la science »,
troisième qualité ; « par la longanimité »
quatrième qualité ; « par la bonté »,
cinquième qualité ; « par une charité sincère »,
sixième qualité ; « par la parole de vérité »,
septième qualité ; « par la force de Dieu », « par la force »,
huitième qualité ; « par les armes de la justice »,
neuvième qualité.
Suivent alors diverses notes un peu plus étranges ou étonnantes : « comme des séducteurs et pourtant véridiques »…Mais c’est ce que les Pharisiens disaient déjà de NSJC. Il « séduit » les foules. Ainsi rien de nouveau sous le soleil des hommes. « Nihil novum sub sole » ; « comme inconnus et pourtant bien connus », « comme mourant et voici que nous vivons » « comme châtiés, mais non mis à mort ». Saint Paul peut en parler en connaissance de cause lui « qui a souffert, de son peuple, « des coups sans mesure », comme il l’écrivait aux Corinthiens( 2 Cor 11 19) , lui qui a été « lapidé », écrit-il, et qui a « reçu cinq fois, quarante coups de fouet moins un »…Il poursuit l’énumération des qualités du ministres de Dieu : « comme tristes et toujours dans la joie ; comme pauvres et enrichissant beaucoup d’autres ; comme n’ayant rien et possédant tout, « tanquam nihil habentes et omnia possidentes ».
Je voudrais m’arrêter à ces dernières qualités du ministre de Dieu. Et d’abord commentons cette ultime remarque : « comme n’ayant rien et possédant tout ».
Reconnaissons que les ministres du Christ ne vivent pas dans la misère. Grâce à vous. « Mais il est normal que le prêtre vive de l’autel ». Toutefois ils ne vivent pas, non plus, dans l’opulence, dans l’abondance. Et cela est juste.
Ils sont les serviteurs du Christ et ne peuvent vivre au dessus de leur Maître, mais doivent vivre comme leur Maître. L’opulence serait contradictoire à l’exemple du Maître. Le serviteur n’est pas plus grand que son Maître. Or Celui-ci est venu « pour servir et non pour être servi ». Benoît XVI le rappelait aux nouveaux Cardinaux auxquels il remettait la barrette, dimanche dernier « Domination et service, égoïsme et altruisme, possession et don, intérêt et gratuité : ces logiques, profondément opposées, se confrontent à toute époque et en tout lieu. Il n’y a aucun doute sur la voie choisie par Jésus ». C’est celle du service, de l’altruisme, du don, de la gratuité et non point celle de la domination, de l’égoïsme, de la possession et de l’intérêt…
Si donc le ministre de Dieu reste modeste dans les possessions des choses de la terre, « comme n’ayant rien », nous dit saint Paul, « il possède cependant tout »…
Comment ? Parce que, grâce à la foi, il possède Dieu. Il vit de Dieu, de son Mystère, de ses Mystères révélés. Les richesses de Dieu sont ses richesses plus qu’à toute autre personne. Or ces richesses divines sont insondables.
La foi vivante le met, vous dis-je, en contact incessant avec les richesses de Dieu. « Le juste vit de la foi ». Et la foi lui donne la possession de Dieu. Il aime tout d’abord contempler la nature, la création. La foi lui permet d’y voir l’œuvre de Dieu. Il aime les grands espaces, il aime les forêts. Il admire la force puissante des arbres. Il y voit, grâce à la foi, le reflet de la puissance divine. Il aime le vent, le souffle du vent. Il aime les couleurs… Il aime les fleurs. Il admire tout cela…Il aime le chant des oiseaux. Il y est sensible. Alors, à cette vue, il aime l’œuvre de Dieu. Il admire Dieu…Comment avoir pensé à créer les oiseaux qui, de leurs chants nombreux et variés, égaillent la nature…et charment son oreille, celle du prêtre…lorsqu’il rentre dans son église de Rolleboise ou en sort toujours accueilli par les chants de ces petites créateurs divines. Et de ces chants, il élève son âme à Dieu et chante la gloire de Dieu. Toute la création lui parle de Dieu. Il ne contemple pas l’œuvre de Dieu en « romantique », en égoïste se repliant sur lui-même tristement. Non ! La foi lui permet d’admirer et de chanter la gloire de Dieu C’est une richesse, une des plus belles richesses. L’admiration – de l’œuvre de Dieu – lui enrichit son âme et la met dans la joie…
Mais le prêtre aime surtout contempler les Mystères de Dieu qui sont tout autant des bienfaits et par conséquent des richesses. Il en vit et ainsi peut-il « enrichir beaucoup d’autres », comme le dit saint Paul. Mais il ne peut se souvenir de tous les bienfaits de Dieu…Le principal de ses bienfaits, c’est-à-dire l’œuvre de notre Rédemption, lui suffit. Elle ne quitte jamais son âme ni sa foi. Oui ! Le Mystère contemplé de la Rédemption charme son âme. Il y voit et contemple surtout la charité de Dieu. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ». Grâce à cette phrase, il comprend que l’Incarnation est révélatrice de la charité de Dieu. Elle est l’Epiphanie de la charité de Dieu, de sa miséricorde, elle en est sa manifestation. Il comprend aussi que cette Incarnation est rédemptrice. Elle a été décrétée par Dieu pour le salut du genre humain : « afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas…»…Dieu veut le salut d’un chacun…A chacun de cueillir, dans la foi, le salut donné…Mais il veut aussi et surtout, Lui-même, être possédé éternellement par sa créature intelligente et libre. « Afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ». La vie éternelle ? Mais elle n’est rien d’autre que la possession de Dieu pour toujours. C’est le ciel. Voilà ultimement le fruit de la Rédemption. Le fruit de l’Incarnation, le fruit de la Résurrection. Comme le dit saint Bernard, « le fruit la Rédemption, c’est notre âme remplie de Dieu ». Voilà la richesse du prêtre et sa joie et son espérance. Comme saint François, il dit toujours à ceux qui le rencontrent que Dieu, un jour, sera la plénitude de notre intelligence. Il sera, pour notre volonté, l’abondance de la paix, et pour notre mémoire, la parfaite continuité de la vie éternelle. « Il sera tout en tous ». Voilà la foi du prêtre. Il en vit. Voilà sa richesse. Et quelle richesse ! Il est pauvre, peut-être, mais dans cette annonce, il enrichit « beaucoup d’autres » si elles le veulent.
Le prêtre vit des bienfaits de Dieu, vous dis-je. Et le plus grand des bienfaits, c’est la Rédemption. Et le prêtre est attentif non seulement au fruit de la Rédemption, le Ciel, mais aussi au mode. Et quel est donc ce mode ? Rien d’autre que l’anéantissement de Dieu. Ainsi la méditation de ce mode est certainement pour le prêtre et son âme la plus grande des richesses. Je contemple cet anéantissement du Dieu de majesté. Et cet anéantissement fait naître en mon cœur « le foyer du plus grand amour ». Et cet amour est ma richesse parce que la charité est mon trésor. Je vois que NSJC « a pris sur lui la plus lourde peine, c’est afin que l’homme lui fût redevable du plus grand amour ». Et Saint Bernard poursuit : « Il est manifeste que Dieu a payé pour l’homme un prix énorme : maitre, il s’est fait esclave ; riche, il est devenu pauvre ; Verbe, il s’est fait chair ; et Fils de Dieu, il n’a pas dédaigné d’être le Fils de l’homme. Souvenez-vous que si vous avez été fait de rien, vous n’avez pas été rachetés de rien. .L’œuvre du salut a demandé trente trois années de terrible labeur, enduré avec quelle patience…C’est ainsi, Seigneur, que tu as sauvé les hommes en multipliant ta propre miséricorde ». (Sermon 11 du Cantique des Cantiques). Quelle richesse dans le cœur du prêtre !
De ce sacrifice rédempteur du Dieu d’amour, le prêtre en vit chaque jour dans sa messe. En effet la messe, c’est ce sacrifice rédempteur renouvelé, continué. Le prêtre doit vivre sa messe, une messe quotidienne…Une messe qui oblige à chaque instant, pour le prêtre, de poser un acte de foi mais cet acte de foi, tout autant, nourrit sa foi, son espérance et sa charité.
Que de richesses ! Oui !
La messe d’abord provoque sa foi. Il faut la foi pour contempler dans ce pain transsubstantié, les paroles de la consécration dites, le Corps, le Sang et la Divinité de NSJC. Il est impossible d’adorer ce pain transsubstantié sans la foi. Je dois croire à la toute puissance de Dieu pour le croire, pour croire aux paroles de la consécration. « Ceci est mon Corps », « Ceci est mon Sang » Je dois croire aux paroles de NSJC pour m’incliner et adorer. Mais la Foi me dit qu’il ne peut ni se tromper ni nous tromper. Le motif de la foi c’est l’autorité de Dieu se révélant. Jésus l’affirme. Jésus est Dieu. Je le crois. Mais sans la foi, je ne pourrais jamais plier le genou devant cette hostie élevé dans mes mains. Sans la foi, je ne pourrais jamais voir, dans cet acte, le sacrifice renouvelé du Christ Seigneur. Oui ! Le prêtre sans cesse dans son ministère est obligé de croire, de poser des actes de foi, des actes de foi en chaque sacrement donné, des actes de foi lorsqu’il donne le baptême, lorsqu’il donne l’extrême onction, lorsqu’il donne l’eucharistie, la sainte communion. Sans la foi, il risque d’accomplir son ministère en « fonctionnaire »…Il risque d’y perdre son sacerdoce…
Mais aussi ces actes de foi posés nourrissent sa foi, l’enrichissent, le fortifie, lui donne une richesse extraordinaire, lui permettent d’adorer, de goûter la bonté de Dieu. Il comprend combien Dieu est suave: «Videte quoniam suavis est Dominus ». Sa foi nourrit sa contemplation, son adoration, son amour pour Dieu. C’est sa richesse. Et cette richesse est aimée. Elle est désirée. Elle s’accroît chaque jour. On peut le considérer « comme n’ayant rien, mais possède tout », « comme pauvre, alors qu’il enrichit beaucoup d’autres…ne serait-ce qu’aux fonds baptismaux et à la Table sainte…Amen. _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


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 | Sujet: Re: Homelies Sam 3 Mar - 11:13 | |
| Homélie du 2ème dimanche du Carême 04/03/2012
Première Lecture Psaume Deuxième Lecture Evangile
Allons à la Montagne du Seigneur
Textes bibliques : Lire
En ce 2ème dimanche du Carême, nous n'oublions pas l'appel qui nous était adressé le mercredi des Cendres : "Revenez à moi de tout votre cœur." Chaque chrétien doit prendre le carême au sérieux. C'est le Seigneur qui nous appelle à un véritable retournement. Nous allons à lui tels que nous sommes, avec nos blessures, notre péché. Dans le sacrement du pardon et celui de l'Eucharistie, le Seigneur est là pour nous accueillir, nous nourrir et nous redonner la joie d'être pardonnés. C'est ainsi pourrons progresser dans notre marche vers Pâques.
Les lectures de ce dimanche nous parlent précisément de cette marche comme d'une véritable expédition. Elles nous amènent au sommet d'une montagne. Dans le premier texte, il s'agit de la montagne de Moriah ; c'est le lieu du sacrifice d'Abraham. Dans l'Evangile, c'est le Tabor, lieu où Jésus a été transfiguré devant ses disciples les plus proches. Et dans la seconde lecture, l'apôtre Paul nous renvoie à la montagne du Calvaire. C'est là que Jésus a été livré et crucifié pour nous.
Pourquoi cette insistance sur la montagne ? Il faut savoir que dans le monde de la Bible, c'est un lieu symbolique très fort. C'est le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu. C'est là que Dieu s'est manifesté à Moïse. Il lui parlait "face à face, comme on parle à un ami". Le prophète Elie y a également fait l'expérience de Dieu. Dans l'évangile, nous voyons Jésus se retirer sur la montagne, loin de la foule, de préférence la nuit. C'était pour lui un lieu de rencontre privilégié avec le Père dans une prière silencieuse. Et puis, nous n'oublions pas la montagne des béatitudes. Jésus y a proclamé des paroles très fortes d'amour et de vie.
Comprenons bien, il ne s'agit pas de nous lancer dans l'Alpinisme. L'important c'est peut-être de prendre de la hauteur par rapport à ce que nous vivons. Trop souvent, nous nous laissons accaparer par les soucis de la vie, les problèmes matériels. Et nous avons du mal à entendre les appels du Seigneur qui nous invite à venir à lui. Le Carême c'est un temps de retraite. Nous sommes en marche vers la Pâque du Christ. Le grand message de ces lectures c'est toujours un appel à avancer.
Dans l'évangile de ce jour, la réalité dépasse tout ce qu'on aurait pu imaginer : Jésus amène trois de ses disciples sur une montagne. Saint Marc nous dit qu'il fut transfiguré devant eux. Il est tout entier donné dans sa prière à son Père. Il se montre avec toute la chaleur et l'incandescence de son amour. Moïse et Elie sont là. Moïse représente la loi et Elie les prophètes. Ils se rejoignent dans cette rencontre avec Dieu. Cette rencontre veut préparer les disciples à ce qui va suivre. Aujourd'hui, ils voient son visage transfiguré. Dans quelques jours, ils le verront défiguré. Ils sont invités à lui faire confiance quoi qu'il arrive.
Vivre le Carême, c'est gravir la montagne et se mettre à l'écoute de Jésus. On n'y parvient pas tout de suite. Il faut de la patience et du courage. Il faut monter pour contempler les choses. Gravir la montagne c'est prendre le temps de l'écoute, c'est se réserver chaque jour du temps pour la prière. Si nous ne gravissons pas cette montagne avec Jésus, nous manquerons quelque chose d'absolument essentiel. Comme pour les trois disciples, Jésus veut nous libérer du sommeil de l'individualisme et de la tristesse. Il est urgent que nous mettions le Christ au centre de notre vie.
Pierre ne sait pas très bien quoi dire. Il propose à Jésus de dresser trois tentes, une pour lui, une pour Moïse et une pour Elie. Mais la voix du Père se fait entendre pour l'inviter à voir les choses différemment : ces tentes, il faut les construire dans le monde, dans les cœurs endurcis des humains, dans la vie ordinaire. Dans la Bible, la tente c'est le lieu de la présence de Dieu. Dieu voit ce monde défiguré par la haine, les guerres, les violences de toutes sortes. Or c'est dans ce monde que Dieu veut habiter. Et il compte sur nous pour lui construire une demeure digne de lui. Il nous invite à construire un monde rempli de son amour. Cette beauté qui est en lui, Jésus veut nous en revêtir en nous faisant partager sa divinité. Ecoutons-le dans la prière. Lui seul peut nous transfigurer.
En ce jour, nous te supplions, Seigneur : "Toi qui es Lumière, toi qui es l'amour, mets en nos ténèbres ton Esprit d'amour."
Sources : Revues Signes et Feu Nouveau, Avec saint Marc (Claire Patier), Lectures bibliques des dimanches (Albert Vanhoye), la Parole de Dieu pour chaque jour (Vincenzo Paglia)
Jean Compazieu, prêtre de l'Aveyron ( 04/03/2012) http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/ _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


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 | Sujet: Re: Homelies Sam 3 Mar - 11:27 | |
| 2ème Dimanche de Carême (Dimanche de Reminíscere***)
En ce 2ème Dimanche de Carême, la Liturgie de l'Eglise nous invite à méditer sur le grand mystère de la Transfiguration, historiquement constaté par les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean : c’est en effet le modèle de ce que la pénitence quadragésimale doit produire dans nos âmes lorsqu’aux fêtes de Pâques nous célébrerons le triomphe de l’esprit sur la chair, de la rédemption sur le péché. Introït de la Messe : « Reminíscere miseratiónum tuárum, Dómine, et misericórdiae tuae, quae a saeculo sunt. Ne umquam dominéntur nobis inimíci nostri; líbera nos, Deus Israel, ex ómnibus angústiis nostris. Ps. Ad te, Domine, levavi animam meam : Deus meus, in te confido, non erubescam. Gloria Patri… » (« Souvenez-vous, Seigneur, de votre pitié et de votre miséricorde éternelle ; ne laissez jamais dominer sur nous nos ennemis ; délivrez-nous, Dieu d’Israël, de toutes nos angoisses. Ps. Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme; en vous, je me confie, ô mon Dieu; je n’aurai point à en rougir. Gloire au Père… »). Kyriale XVII + Credo VI
DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME (PREMIER SERMON du Saint Cure d'Ars)
Sur l'aumône
Date elecomosynam, et ecce omnia munda sunt vobis. Donnez l'aumône, et vos péchés seront effacés. (S. Luc, XI, 41.)
Que pouvons-nous imaginer, M. F., de plus consolant pour un chrétien qui a été assez malheureux que de pécher, de trouver un moyen si facile de satisfaire à la justice de Dieu pour ses péchés ? Jésus-Christ, notre divin Sauveur, ne respire que notre bonheur, et il n'a laissé aucun moyen de nous le prouver. Oui, M. F., par l'aumône nous pouvons facilement racheter nos péchés et attirer sur nous les bénédictions du ciel les plus abondantes, sur nos biens et sur nous-mêmes ; disons mieux, M. F., par l'aumône nous pouvons éviter les peines éternelles. Oh ! M. F., que le bon Dieu est bon de se contenter de si peu de chose.
M. F., si le bon Dieu avait voulu, nous aurions tous été égaux. Mais non, il prévoyait qu'étant si orgueilleux nous n'aurions voulu nous soumettre ni les uns ni les autres. C'est précisément pour cela qu'il a mis des riches et des pauvres dans le monde, afin que nous puissions nous aider à nous sauver les uns et les autres. Les pauvres se sauveront en souffrant avec patience leur pauvreté et en demandant avec patience des secours aux riches. Les riches trouveront de leur côté de quoi racheter leurs péchés, en portant compassion aux pauvres et en les soulageant autant qu'ils le pourront. Vous voyez, M. F., que de cette manière nous pouvons tous nous sauver. Si c'est un devoir indispensable aux pauvres de souffrir la pauvreté avec patience et de demander avec humilité du secours aux riches, c'est aussi un devoir indispensable aux riches de faire l'aumône aux pauvres, leurs frères, quand ils le pourront, puisque leur salut en dépend. Mais très malheureux aux yeux de Dieu est celui qui voit souffrir son frère sans le soulager, pouvant le faire. Pour vous engager à faire l'aumône autant que vous le pourrez et avec des intentions purement pour Dieu, je vais vous montrer : 1° combien l'aumône est puissante auprès de Dieu pour obtenir tout ce que nous désirons ; 2° que l'aumône enlève à ceux qui la font la crainte du jugement général ; 3° combien nous sommes ingrats, lorsque nous sommes durs envers les pauvres, puisque, en les méprisant, c'est Jésus-Christ lui-même que nous méprisons.
1. - Oui, M. F., de quelque côté que nous considérions l'aumône, le prix en est si grand qu'il est impossible de vous en faire connaître tout le mérite ; ce ne sera qu'au jour du jugement que nous en comprendrons toute la valeur. Si vous m'en demandez la raison, la voici : Nous pouvons dire qu'elle surpasse toutes nos autres bonnes actions, parce qu'une personne charitable possède ordinairement toutes les autres vertus.
Nous lisons dans l'Ecriture sainte que le Seigneur dit à son prophète Isaïe : « Va dire à mon peuple que leurs crimes m'ont tellement irrité que je ne peux plus les souffrir : je vais les punir et les perdre pour jamais. » Le prophète se présente au milieu de ce peuple qui était assemblé, en disant : « Êcoutez, peuple ingrat et rebelle, voici ce que dit le Seigneur votre Dieu : « Vos crime m'ont tellement mis en fureur contre vous, que mes mains sont garnies de foudre pour vous écraser et vous perdre pour toujours. » Vous voilà donc, leur dit Isaïe, sans ressource ; vous aurez beau prier le Seigneur il se bouchera les oreilles pour ne pas vous entendre ; vous aurez beau pleurer, jeûner, vous couvrir de cendres, il ne détournera pas ses yeux vers vous ; s'il vous regarde ce ne sera que pour vous détruire. Cependant, au milieu de tant de maux, j'ai un conseil à vous donner : il est très puissant pour attendrir le coeur du Seigneur, et vous pourrez, en quelque sorte le forcer de vous faire miséricorde. Voici ce que vous avez à faire : donnez une partie de votre bien à vos frères qui sont pauvres ; donnez du pain à celui qui a faim, des habits à ceux qui sont nus, et vous verrez subitement changer votre sentence. » En effet, à peine eurent-ils commencé à faire ce que le prophète leur avait conseillé que le Seigneur appela Isaïe, en lui disant : « Prophète, va dire à mon peuple qu'il m'a vaincu, que la charité qu'ils ont exercée envers leurs frères a été plus forte que ma colère. Va leur dire que je les pardonne et que je leur promets mon amitié. » O belle vertu de charité, que vous êtes puissante pour fléchir la justice de Dieu ? Mais, hélas ! que vous êtes peu connue de la plupart des chrétiens de nos jours ! Pourquoi cela, M. F. ? C'est que nous sommes trop attachés à la terre, que nous ne pensons qu'à la terre, que nous ne semblons vivre que pour la terre et que nous avons perdu de vue les biens du ciel et que nous ne les estimons pas.
Nous voyons aussi que les saints l'ont tellement aimée qu'ils croyaient impossible de se sauver sans elle.
D'abord je vous dirai que Jésus-Christ, qui a voulu nous servir de modèle en tout, la porte à l'infini. S'il a quitté le sein de son Père pour venir sur la terre, s'il est né dans la pauvreté, s'il a vécu dans les souffrances et est mort dans la douleur, ce n'est que sa charité pour nous qui l'a porté à tout cela. Nous voyant tous perdus, sa charité l'a porté à faire tout ce qu'il a fait, pour nous sauver de cet abfme de maux éternels où le péché nous avait précipités. Nous voyons que pendant qu'il était sur la terre, son coeur était si rempli de charité qu'il ne pouvait voir ni malades, ni morts, ni infirmes, sans les soulager, les ressusciter ou les consoler. Il est allé plus loin : et contentant son inclination pour les malheureux, il est allé jusqu'à faire des miracles. Un jour, voyant que ceux qui le suivaient dans ses prédications étaient sans nourriture, avec cinq pains et quelques poissons, il rassasia quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants : un autre jour, il en rassasia cinq mille. Il ne s'en tint pas là. Pour leur montrer combien il était sensible à leurs misères, il se tourna vers ses apôtres, en disant d'un air de tendresse : « J'ai pitié de ce peuple qui me donne tant de marques d'attachement ; je ne puis plus y résister : Je vais faire un miracle pour les soulager. Je crains que, si je les renvoie sans leur donner à manger, ils ne meurent en chemin. Faites-les tous asseoir ; distribuez-leur cette petite provision, ma puissance suppléera à son insuffisance (Matth., XV, 32-38.). » Il eut une si grande joie de pouvoir les soulager qu'il ne pensa pas même à lui.
O vertu de charité, que vous êtes belle, que les grâces qui vous sont attachées sont abondantes et précieuses ! Aussi voyons-nous que les saints de l'ancien Testament semblaient prévoir combien cette vertu serait chérie du Fils de Dieu, et nous voyons que plusieurs font consister tout leur bonheur et passent toute leur vie à exercer cette belle et aimable vertu. Nous lisons dans l'Écriture sainte que le saint homme Tobie, qui avait été conduit en captivité en Syrie (En Assyrie.), est dans le comble de la joie de pouvoir exercer cette vertu envers les malheureux. Soir et matin, il distribuait tout ce qu'il avait à ses frères pauvres, sans jamais rien garder pour lui. Tantôt, on le voyait auprès des malades les exhortant à souffrir leurs douleurs avec soumission à la volonté de Dieu, et leur montrant combien leur récompense serait grande dans l'éternité ; tantôt on le voyait même se dépouiller de ses propres habits pour les donner à ses frères pauvres. Un jour, l'on vint lui dire qu'un pauvre était mort, et que personne ne lui donnait la sépulture. Étant à manger, de suite il se lève, va le prendre sur ses épaules et le porte dans le lieu destiné pour cela. Se croyant prés de sa fin, il manda son fils près de son lit : « Mon fils, lui dit-il, je crois que bientôt le Seigneur va me retirer de ce monde. J'ai une grande chose à vous recommander avant de mourir. Promettez-moi, mon fils, de l'observer. Faites l'aumône tous les jours de votre vie ; ne détournez jamais vos regards des pauvres. Faites l'aumône en la manière que vous pourrez. Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup ; si vous avez, peu, donnez peu, mais donnez de bon coeur et avec joie. Par là, vous amasserez de grands trésors pour le jour du Seigneur. Ne perdez jamais de vue que l'aumône efface nos péchés et nous préserve d'en commettre d'autres. Le Seigneur a promis qu'une âme charitable ne tombera pas dans les ténèbres de l'enfer, où il n'y a plus de miséricorde. Non, mort fils, ne méprisez jamais les pauvres, et ne fréquentez point ceux qui les méprisent, parce que le Seigneur vous perdrait. La maison, lui dit-il, de celui qui fait l'aumône, prend son fondement sur les pierres dures qui ne s'écrouleront point, tandis que celui qui refusera l'aumône, sa maison tombera par les fondements » ; voulant nous montrer par là, M. F., qu'une maison charitable ne deviendra jamais pauvre, et qu'au contraire, ceux qui sont durs envers les pauvres périront, avec leurs biens.
Le prophète Daniel nous dit. : « Si nous voulons porter le Seigneur à oublier nos péchés, faisons l'aumône, et, de suite le Seigneur les effacera de sa mémoire. » Le, roi Nabuchodonosor ayant eu pendant la nuit un songe qui l'avait entièrement effrayé, fit venir le prophète Daniel en le priant de lui expliquer ce songe. Le prophète lui dit : « Prince, vous allez être chassé de la compagnie des hommes, vous mangerez l'herbe comme une bête, la rosée du ciel trempera votre corps, et vous resterez sept ans dans cet état, afin que vous reconnaissiez que tous les royaumes appartiennent à Dieu, qu'il les donne à qui il lui plaît, et qu'il les ôte quand il lui plaît. Prince, ajouta le prophète, voici le conseil que je vous donne : Rachetez vos péchés par l'aumône, et vos iniquités par vos bonnes oeuvres envers les malheureux ». En effet, le Seigneur se laissa tellement toucher par ces aumônes et toutes ces bonnes oeuvres que le roi fit envers les pauvres, qu'il lui rendit son royaume et lui pardonna ses péchés (1).
Nous voyons encore que du temps des premiers chrétiens, les fidèles semblaient n'être contents d'avoir du bien que pour avoir le plaisir de le donner à Jésus-Christ, dans la personne des pauvres ; nous voyons dans les Actes des apôtres que leur charité était si grande, qu'ils ne voulaient rien avoir en particulier. Un grand nombre vendaient leurs biens pour en donner l'argent aux pauvres (Act., II, 44-45.). Saint Justin nous dit : « Quand nous n'avions pas le bonheur de connaître Jésus-Christ, nous avions tonjours peur que le pain nous manque ; mais depuis que nous avons le bonheur de le connaitre, nous n'aimons plus les richesses. Si nous en gardons quelque peu, c'est, pour en faire part à nos frères pauvres ; et nous vivons beaucoup plus contents maintenant que nous ne cherchons que Dieu seul ».
Écoutez Jésus-Christ lui-même qui nous dit dans l'Évangile : « Si vous faites l'aumône, je bénirai vos biens d'une manière toute particulière. Donnez, nous dit-il, et il vous sera donné ; si vous donnez en abondance, il vous sera donné avec abondance (Luc, VI, 38.). » Le Saint-Esprit nous dit par la bouche du Sage : « Voulez-vous devenir riches ? Faites l'aumône, parce que le sein de l'indigent, est un champ très fertile qui rend cent pour un (Prov., XXIV, 15.) » Saint Jean, surnommé l'Aumônier, à cause de sa charité pour les pauvres, nous dit que plus il donnait, plus il recevait : « Un jour, nous dit-il, je trouvai un pauvre sans habit, je lui donnai celui que j'avais sur moi. De suite, une personne me donna de quoi en avoir plusieurs. » Le Saint-Esprit nous dit que celui qui méprisera le pauvre sera malheureux tous les jours de sa vie (Prov., XVII, 5.).
Le saint roi David nous dit : « Mon fils, ne souffre pas que votre frère meure de misère, si vous avez de quoi lui donner, parce que le Seigneur promet une bénédiction abondante pour celui qui soulage le pauvre et il veillera à sa conservation (Ps., XL, 1.). » Et il ajoute que ceux qui seront miséricordieux envers les pauvres, le Seigneur les préservera d'une mauvaise mort (Ps., CXI, 7.). Nous en trouvons un bel exemple dans la personne de la veuve de Sarepta. Le Seigneur envoya son prophète Élie pour la soulager dans sa pauvreté, tandis qu'il laissa toutes les veuves d'Israël souffrir la faim. Si vous en voulez savoir la raison. C'est, dit le Seigneur à son prophète, qu'elle a été charitable tous les jours de sa vie. » Le prophète lui dit : « Votre charité vous a mérité une protection toute particulière de Dieu ; les riches, avec leur argent, périront de faim ; mais pour vous, vous êtes si charitable envers les pauvres, que vous serez soulagée, car vos provisions ne diminueront pas jusqu'à la lin de la famine (III Reg., XVII.). »
II. - En second lieu, nous avons dit que ceux qui auront fait l'aumône ne craindront pas le jour du jugement général. Il est certain que ce moment sera terrible : le prophète Joël l'appelle le jour des vengeances du Seigneur, jour sans miséricorde, jour effrayant, et désespérant pour le pécheur (Joël, II, 2.). « Mais, nous dit ce saint, voulez-vous que ee jour soit pour vous non un jour de désespoir, mais de consolation : faites l'aumône et vous serez heureux. »
Un autre saint nous dit : « Si vous ne voulez pas craindre le jugement, faites l'aumône et vous serez bien reçu de votre juge. » D'après cela, M. F., ne dirait-on pas que notre salut est attaché à l'aumône ? En effet, Jésus-Christ, quand il nous parle du jugement qu'il nous fera subir, ne nous parle uniquement que de l'aumône, en disant aux bons : « J'ai eu faim et vous m'avez donné manger ; j ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'ai été nu et vous m'avez revêtu ; j'ai été en prison et vous m'étes venu visiter. Venez posséder le royaume de mon Père, qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » Au contraire, il dira aux pécheurs : « Retirez-vous de moi, maudits : j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'ai été nu, et vous ne m'avez pas revêtu ; j'ai été malade et en prison et vous n'êtes pas venu me visiter. » - « Quand est-ce, lui diront les pécheurs, que nous vous avons fait tout cela ? » - « Toutes les fois que vous avez manqué de le faire au plus petits des miens, qui sont, les pauvres (Matth., XV.). » Vous voyez, M. F., le jugement, ne se fait que sur l'aumône.
Peut-être que cela vous étonne ? Hé ! M. F., cela n'est pas difficile à comprendre. C'est que celui qui a une véritable charité dans l'âme, qui ne cherche que Dieu et qui ne veut que lui plaire, possède toutes les autres vertus dans un haut degré de perfection, comme nous le verrons tout à l'heure. Il est certain que la mort effraie les pécheurs et même les plus justes, à cause du terrible rendement de compte qu'il faudra faire à un Dieu qui dans ce moment sera sans miséricorde. Cette pensée a fait trembler saint Hilarion qui, depuis plus de soixante dix ans, pleurait ses péchés ; et saint Arsène, qui avait quitté la cour de l'empereur pour aller passer sa vie entre deux rochers et y pleurer tout le reste de sa vie. Quand il pensait au jugement, il faisait trembler son pauvre grabat. Le saint roi David, pensant à ses péchés, s'écriait : « Ah ! Seigneur, ne pensez plus à mes péchés. » Il nous dit encore : « Faites l'aumône de votre bien et vous ne craindrez pas ce moment si épouvantable pour le pécheur. » Écoutez Jésus-Christ lui-même qui nous dit : « Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront eux-mêmes miséricorde (Matth., V, 7.). » Dans un autre endroit, il dit : « Comme vous aurez traité votre frère, vous serez traité (Matth., VII, 2.). » C'est-à-dire que si vous avez eu pitié de votre frère pauvre, Dieu aura pitié de vous.
Nous lisons dans les Actes des apôtres qu'il y avait à Joppé une bonne veuve qui venait de mourir. Les pauvres coururent devant saint Pierre pour le prier de venir la ressusciter ; les uns lui montraient des habits que leur avait fait cette bonne veuve, les autres autre chose (2). Saint Pierre laissa couler ses larmes. « Le Seigneur est trop bon, leur dit-il, pour ne pas vous accorder ce que vous demandez. » Il s'approcha de la morte, en lui disant : « Levez-vous, vos aumônes vous valent une seconde fois la vie. » Elle se lève et saint Pierre la rend à ses pauvres. Ce n'est pas seulement les pauvres, M. F., qui prieront pour vous, mais les aumônes elles mêmes qui seront comme autant de protecteurs auprès du bon Dieu, qui demanderont grâce pour vous. Nous lisons dans l'Évangile que le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit rendre compte à ses serviteurs de ce qu'ils lui devaient. On lui en présenta un qui devait dix mille talents. Parce qu'il n'avait pas de quoi payer, le roi commanda aussitôt de le faire mettre en prison avec toute sa famille jusqu'à ce qu'il lui eût payé tout ce qu'il devait. Mais le serviteur se jeta à ses pieds et le pria en grâce d'attendre quelque temps, qu'il le paierait aussitôt qu'il le pourrait. Ce maître, étant touché de compassion, lui fit la remise de tout ce qu'il lui devait. Ce serviteur étant sorti de là, rencontra son compagnon qui lui devait cent deniers, le prit à la gorge en lui disant « Rends-moi ce que tu me dois. » L'autre le suppliait de lui donner quelque temps, qu'il le le paierait ; mais il ne voulut pas, il le fit mettre en prison jusqu'à ce qu'il eût payé. Le maître, irrité de cette conduite, lui dit : « Méchant serviteur, ne deviez-vous pas avoir pitié de votre frère comme j'ai en pitié de vous (Matth., XVIII) ? »
Voilà, M. F., la manière dont Jésus-Christ traitera au jour du jugement, ceux qui auront été bons et miséricordieux envers leurs frères les pauvres, représentés par la personne du débiteur recevant miséricorde de la part de Jésus-Christ même ; mais ceux qui auront été cruels et durs envers les pauvres, il leur arrivera comme à ce malheureux, à qui le maître, qui est Jésus-Christ, commanda qu'on lui liât pieds et mains pour le jeter dans les ténèbres extérieures, où il y a des pleurs et des grincements de dents. Vous voyez donc, M. F., qu'il est impossible à une, personne qui est charitable d'être damnée.
III. Troisièmement, M. F., ce qui nous doit porter à faire l'aumône avec joie et de bon cceur, c'est que nous la faisons à Jésus-Christ lui-même. Nous lisons dans la vie de sainte Catherine de Sienne qu'une fois trouvant un pauvre, elle lui donna une croix ; une autre fois, elle donna sa robe à une pauvre femme. Quelques jours après, Jésus-Christ lui apparut, eu lui disant qu'il avait reçu cette croix et cette robe qu'elle avait mises dans la main de ses pauvres, et qu'elles lui avaient été si agréables qu'il attendait le jour du jugement pour les montrer à tout l'univers. Saint Jean Chrysostome nous dit : « Mon fils, donnez un morceau de pain à votre frère pauvre, et vous recevrez le paradis ; donnez un peu, et vous recevrez beaucoup ; donnez les biens périssables, et vous recevrez des biens éternels. Pour les présents que vous donnez à Jésus-Christ en la personne des pauvres, vous recevrez une récompense éternelle ; donnez un peu de terre et vous recevrez le ciel. » Saint Ambroise nous dit que l'aumône est presque un second baptême et un sacrifice de propitiation, qui apaise la colère de Dieu et nous fait trouver grâce devant le Seigneur. Oui, M. F., et cela est si vrai que, quand nous donnons, c'est à Dieu même que nous donnons.
Nous lisons dans la vie de saint Jean de la Croix, qu'un jour, ayant trouvé un pauvre tout couvert de plaies, il le prit et le porta dans son hôpital qu'il avait fondé en faveur des pauvres. Lorsqu'il fut arrivé et qu'il lui eut lavé les pieds pour le mettre dans son lit, il s'aperçut que les pieds du pauvre étaient percés. Tout étonné, et levant les yeux, il reconnut Jésus-Christ lui-même, qui s'était caché sous la forme de ce pauvre pour exciter sa compassion. Il lui dit : « Jean, je prends plaisir de voir combien tu as soin des miens et des pauvres. » Une autre fois, il trouva un enfant tout misérable ; il le chargea sur ses épaules, puis passant prés d'une fontaine, il lui dit de descendre, parce qu'il était fatigué, il voulait boire de l'eau. C'était encore Jésus-Christ lui-même qui lui dit : « Jean, ce que tu fais à mes pauvres, c'est comme si tu le faisais à moi-même. »
Les services que l'on rend aux pauvres et aux malades sont si agréables à Dieu que, nombre de fois, l'on a vu des anges descendre du ciel pour aider de leurs mains saint Jean à servir ses malades, après quoi ils disparaissaient.
Nous lisons dans la vie de saint François-Navier, qu'allant prêcher dans le pays des barbares il trouva dans son chemin un pauvre tout couvert de lèpre : il lui donna l'aumône. Quand il eut fait quelques pas, il se repentit de ne l'avoir pas embrassé pour lui montrer combien il prenait part à ses souffrances. Se retournant pour le voir, il ne vit personne. c'était un ange qui s'était mis sous la forme de ce pauvre. Dites-moi, quel regret au jugement pour ceux qui auront méprisé et raillé les pauvres, lorsque Jésus-Christ leur montrera que c'est à lui-même qu'ils ont fait injure. Mais aussi, M. F., quelle joie pour ceux qui verront que le bien qu'ils ont fait aux pauvres, c'est à Jésus-Christ lui-même qu'ils l'ont fait. « Oui, leur dira Jésus-Christ, c'est moi-même que vous êtes venu voir dans la personne de ce pauvre ; c'est à moi-même que vous avez rendu service ; c'est à moi à qui vous avez donné l'aumône à votre porte. »
Cela est si vrai, M. F., qu'il est rapporté dans l'histoire qu'un saint pape (Saint Grégoire le Grand.) avait tous les jours à sa table douze pauvres en l'honneur des douze apôtres. Un jour, voyant qu'il y en avait treize, il demanda à celui qui en était chargé pourquoi est-ce qu'il en avait treize au lieu de douze, comme il lui avait commandé. - « Saint Père, lui dit son économe, je n'en vois que douze. » Mais pour lui il en voyait toujours treize. Il demanda à ceux qui étaient à côté de lui s'ils n'en voyaient pas treize. Ils lui répondirent qu'ils n'en voyaient que douze. Après qu'ils eurent mangé, il prit par la main le treizième : il l'avait distingué en ce qu'il l'apercevait de temps en temps changeant de couleur ; il le mena dans sa chambre, lui demanda qui il était ? Cet homme lui répondit qu'il était un ange qui s'était mis sous la forme d'un pauvre ; qu'il avait déjà reçu de lui une aumône lorsqu'il était religieux, et que le bon Dieu, en considération de sa charité, l'avait chargé de le garder pendant toute sa vie, et de lui faire connaitre tout ce qu'il faudrait faire pour bien se conduire dans tout ce qu'il devait faire pour le bien de son son âme et le salut de son prochain. Voyez-vous, M. F., combien Dieu le récompensa de sa charité.
Ne dirions-nous pas que notre salut semble être attaché à l'aumône ?
Voyez ce qui arriva à saint Martin qui passait dans une rue. Il rencontra un pauvre extrêmement misérable, il en fut si touché que, n'ayant rien de quoi le soulager, il coupe la moitié de son habit et le lui donne. La nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut avec la moitié de son habit, environné d'une troupe d'anges à qui il disait : « Martin, qui n'est encore que catéchumène, m'a donné la moitié de son manteau (quoique saint Martin ne l'eût donné qu'à un passant). » Non, M. F., nous ne trouvons point d'actions pour lesquelles le bon Dieu fasse tant de miracles qu'il en fait en faveur des aumônes. Il est rapporté dans l'histoire qu'un bourgeois, rencontrant un pauvre, fut touché de sa misère jusqu'à verser des larmes. Sans rien examiner, il prend son habit de dessus et le lui donne. Quelques jours après, il apprit que ce pauvre l'avait vendu et en eut beaucoup de chagrin. Étant en prières, il disait à Jésus-Christ : « Mon Dieu, je vois bien que je ne méritais pas que ce pauvre portât mon habit. » Notre-Seigneur lui apparut tenant son habit entre les mains, et lui disant : « Reconnais-tu cet habit ? » Il se mit à crier : « Ah, mon Dieu, c'est celui que j'ai donné à ce pauvre. » - « Tu vois bien qu'il n'est pas perdu, et que tu m'as fait plaisir en me le donnant dans la personne du pauvre. »
Saint Ambroise nous dit que comme il donnait l'aumône à plusieurs pauvres, il se trouva un ange mêlé avec les pauvres : il reçut son aumône en souriant, et disparut. Nous pouvons dire, M. F., d'une personne qui est charitable, quelque misérable qu'elle soit, qu'il y a grande espérance pour son salut. Nous lisons dans les Actes des apôtres qu'après la résurrection de Jésus-Christ il apparut à saint Pierre en lui disant : « Va trouver le centenier Corneille, car ses aumônes sont montées jusqu'à moi ; elles lui ont mérité le salut. » Saint Pierre Alla trouver Corneille qu'il trouva en prières, et il lui dit : « Vos aumônes ont été si agréables à Dieu, qu'il m'envoie pour vous annoncer le royaume du ciel et, vous baptiser (Act., X.). » Vous voyez, M. F., que ses aumônes furent cause que lui et toute sa famille furent baptisés.
Mais voici un exemple qui va vous montrer combien l'aumône a de pouvoir pour arrêter la justice de Dieu. Il est rapporté dans l'Histoire de l'Église, que l'empereur Zénon prenait plaisir à faire du bien aux pauvres, mais il était fort sensuel et voluptueux, si bien qu'il avait enlevé la fille d'une dame honnête et vertueuse, et qu'il en abusait au grand scandale de tout le monde. Cette pauvre mère, désolée presque jusqu'au désespoir, allait, souvent à l'église de Notre-Dame se plaindre du tort qu'on faisait à sa fille : «Vierge sainte, lui disait-elle, n'êtes-vous pas le refuge des misérables, l'asile des affligés et la protectrice des faibles ? Comment donc permettez-vous cette oppression si injuste, ce déshonneur que l'on fait à ma famille ? » La Sainte Vierge lui apparut et lui dit : « Sachez ma fille, qu'il y a longtemps que mon fils aurait pris vengeance de l'injure qu'on vous fait ; mais cet empereur a une main qui lie celle de mon fils et qui arrête le cours de sa justice. Les aumônes qu'il fait avec abondance l'ont empêché d'être puni jusqu'à présent. »
Voyez-vous, M. F., combien l'aumône est puisante pour empêcher que le bon Dieu nous punisse après que nous l'avons tant de fois mérité. Saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie, nous rapporte un exemple fort remarquable qui lui est arrivé à lui-même. Il nous raconte qu'un jour il avait vu plusieurs pauvres assis et se chauffant au soleil en hiver ; ils comptaient, entre eux les maisons dont les habitants donnaient l'aumône et celles où on la donnait de mauvaise grâes ou dont ils ne recevaient jamais rien. Ils en vinrent à parler de la maison d'un mauvais riche qui ne leur donnait jamais l'aumône, ils en parlaient fort mal, lorsque l'un d'entre eux dit à ses compagnons que s'ils voulaient gager avec lui, il irait lui demander l'aumône, qu'il était sûr qu'il en recevrait quelque chose.
Les autres lui dirent qu'ils voulaient bien gager, mais qu'il était sûr d'être rebuté et de ne rien avoir ; que n'ayant jamais rien donné, il ne voulait pas commencer ce jour-là. Étant convenus ensemble, il va trouver le riche et lui demande avec beaucoup d'humilité de lui donner quelque chose au nom de Jésus-Christ. Ce riche fut si fort en colère que, ne trouvant point de pierre pour lui jeter à la tête, et voyant son domestique qui venait de chez le boulanger chercher du pain pour ses chiens, il en attrape un avec une fureur épouvantable et le lui jette à la tête. Le pauvre, pour gagner ce qu'il avait gagé avec ses compagnons, va vite le ramasser, et le porte à ses camarades pour leur montrer que ce riche lui avait fait une bonne aumône (3).
Deux jours après, ce riche tombe malade, et étant près de mourir, il lui sembla voir en dormant qu'il était au tribunal de Jésus-Christ pour être jugé. Il crut voir quelqu'un qui présentait une balance pour peser le bien et le mal. Il vit Dieu d'un côté, et de l'autre le démon qui présenta les péchés qu'il avait commis pendant sa vie et qui étaient en grand nombre. Le bon ange n'avait rien pour mettre de son côté ; il ne voyait aucune bonne oeuvre pour faire le contre-poids. Le bon Dieu lui demanda ce qu'il avait à mettre de son côté. Le bon ange, tout triste de ne rien avoir, lui dit en pleurant : « Hélas ! Seigneur, il n'y a rien. » Mais Jésus-Christ lui dit : » Et ce pain qu'il a jeté par la tête de ce pauvre ? Mettez-le dans la balance et il emportera le poids de ses péchés. » En effet, l'ange l'ayant mis dans la balance, il fit tomber la balance du bon côté. Alors, son ange le regarda en lui disant : « Misérable, sans ce pain tu allais être jeté en enfer, va faire pénitence tant que tu pourras, donne tout ce que tu pourras aux pauvres, sans quoi tu seras damné. » S'étant éveillé, il alla trouver saint Jean l'Aumônier, lui conta sa vision et toute sa vie, en pleurant amèrement son ingratitude envers Dieu, de qui il tenait tout ce qu'il avait, et sa dureté pour les pauvres, en lui disant : « Ah! mon père, un seul pain donné de mauvaise grâce à un pauvre, me tire d'entre les mains du démon, combien je peux me rendre Dieu favorable en lui donnant tout mon bien dans la personne des pauvres ! » Il alla si loin, que, dès qu'il trouvait un pauvre, s'il n'avait rien, il quittait, son habit et changeait avec lui ; il passa toute sa vie à pleurer ses péchés, donnant aux pauvres tout ce qu'il possédait.
Que pensez-vous de cela, M. F. ? N'est-ce pas que vous ne vous êtes jamais formé une idée de la grandeur de l'aumône ?
Mais cet homme alla encore plus loin. Vous allez le voir passant par une rue : il rencontra un valet qui autrefois avait été à son service ; sans avoir ni respect humain ni autre chose, il lui dit : « Mon ami, peut-être que je ne t'ai pas assez récompensé de tes peines ; fais-moi une grâce mène-moi à la ville, et tu me vendras, afin que tu sois récompensé du tort que j'aurais pu te faire en ne te payant pas assez. » Il le vendit trente deniers. Plein de joie de se voir réduit au dernier degré de pauvreté, il servait son maître avec un plaisir incroyable : ce qui donna une telle jalousie aux autres, qu'ils le méprisaient et le frappaient très souvent. Jamais on ne lui vit ouvrir la bouche pour se plaindre. Le maître s'apercevant de ce que l'on faisait à son esclave qu'il aimait, leur fit de grands reproches, comment ils osaient le traiter ainsi. Il appela le riche converti, dont il ne connaissait pas même le nom, et lui demanda qui il était, quelle était sa condition. Le riche lui raconta tout ce qui lui était arrivé, ce qui toucha son maître qui était l'empereur lui-même. Il en fut si étonné et si touché, qu'il se mit à verser des larmes avec abondance, se convertit sur le champ et passa toute sa vie à faire des aumônes autant qu'il lui fut possible. Dites-moi, avez-vous bien senti la grandeur du mérite de l'aumône, combien elle est méritoire pour celui qui l'a faite ? M. F., je vous dirai, de l'aumône et de la dévotion à la Sainte Vierge, qu'il est impossible que celui qui la fait de bon coeur soit perdu. Ne soyons pas étonnés, M. F., si cette vertu a été commune à tous les saints de l'ancien et du nouveau Testament. Je sais bien, M. F., que celui qui a le coeur dur, est avare et insensible aux misères de son prochain ; il trouvera mille excuses pour ne pas faire l'aurnôme. Vous me direz : « Il y a de bons pauvres et il y en a bien qui ne valent rien : les uns mangent dans les cabarets ce qu'on leur donne ; les autres dans les jeux ou en gourmandises. » - Cela est très vrai, il y a bien peu de pauvres qui fassent un bon usage du bien qu'ils reçoivent de la main des riches, ce qui nous prouve qu'il y a très peu de bons pauvres. Les uns murmurent dans leur pauvreté, si on ne leur donne pas autant qu'ils veulent ; les antres portent envie aux riches, les maudissent même, en leur souhaitant que le bon Dieu leur fasse perdre leurs biens, afin, disent-ils, qu'ils apprennent ce que c'est que la misère. Nous convenons que cela est très mal ; c'est précisément ceux-là que l'on appelle de mauvais pauvres : mais à tout cela, je n'ai qu'un mot à vous dire, et le voici : c'est que ces pauvres que vous blâmez en disant que ce sont de fameux mange-tout, qui n'ont point de conduite, qu'il n'y a point de pauvres sans cause, ils ne vous demandent pas l'aumône en leur nom, mais au nom de Jésus-Christ. Qu'ils soient bons ou mauvais, peu importe, puisque c'est Jésus-Christ lui-même à qui vous donnez, comme nous venons de voir par ce que nous avons dit. C'est donc Jésus-Christ, lui-même qui va vous en récompenser.
Mais, me direz-vous, c'est une mauvaise langue, c'est un vindicatif, c'est un ingrat. Mais, mon ami, tout cela ne vous regarde pas : vous avez de quoi faire l'aumône au nom de Jésus-Christ, dans la pensée de plaire à Jésus-Christ, de racheter vos péchés : laissez tout le reste de côté ; vous avez affaire à Dieu ; soyez bien tranquille ; vos aumônes ne seront pas perdues dans les mauvais pauvres que vous méprisez. D'ailleurs, mon ami, ce pauvre qui vous à scandalisé, il y a huit jours, que vous avez vu dans le vin ou dans quelque débauche, qui vous a dit qu'il n'est pas converti aujourd'hui et très agréable à Dieu ? Voulez-vous, mon ami, savoir pourquoi vous trouvez tant de prétextes pour vous exempter de faire l'aumône ? Écoutez une parole, vous y reconnaîtrez la vérité, si ce n'est aujourd'hui, vous la reconnaîtrez du moins à l'heure de la mort : C'est que l'avarice a pris racine dans votre coeur : Otez cette maudite plante, et vous aimerez à faire l'aumône : vous serez content de la faire, vous en ferez votre joie. « Ah ! dites-vous, quand je n'ai rien, personne ne me donne rien. » - Personne ne vous donne rien ? Ah ! mon ami, de qui vient ce que vous avez ? N'est-ce pas de la main de Dieu qui vous l'a donné, de préférence à tant d'autres qui sont pauvres et bien moins pécheurs que vous ? Pensez donc à Dieu, mon ami... Voulez-vous donner quelque chose de plus, donnez ; vous aurez ainsi le bonheur de racheter vos péchés en faisant du bien à votre prochain.
Savez-vous, M. F., pourquoi nous n'avons pas de quoi donner aux pauvres, et pourquoi nous ne somme jamais contents de ce que nous avons ? Vous n'avez pas de quoi faire l'aumône, mais vous avez bien de quoi acheter des terres ; vous avez toujours peur que la terre vous manque. Ah ! mon ami, attendez que vous ayez trois ou quatre pieds de terre sur la tête, vous serez alors bien satisfait. N'est-ce pas, mon père, que vous n'avez pas de quoi faire l'aumône, mais vous avez bien de l'argent pour acheter des terres ? Dites plutôt que cela ne vous fait rien, que vous soyez damné ou sauvé, pourvu que votre avarice soit contente. Vous aimez à vous agrandir, parce que les riches sont honorés et respectés, tandis que les pauvres sont méprisés. N'est-ce-pas, ma mère, que vous n'avez rien de quoi donner aux pauvres, mais il faut acheter des vanités à vos filles, il faut leur acheter des mouchoirs garnis de dentelles, il faut leur faire porter deux ou trois rangs de cols, il faut acheter des boucles d'oreille et des chaînes, une colerette. - « Ah! me direz-vous, si je leur fais porter cela, je ne demande rien à personne, c'est nécessaire ; ne vous fâchez pas de cela. » - Ma mère, je vous le dis seulement en passant, afin qu'au jour du jugement, vous vous rappeliez bien que je vous l'ai dit : Vous ne demandez rien à personne, cela est bien vrai ; mais je vous dirai que vous n'êtes pas moins coupable, et aussi coupable que si vous trouviez un pauvre en chemin et que vous preniez le peu d'argent qu'il a. - « Ah! me direz-vous, si j'emploie cet argent pour mes enfants, je sais bien ce qu'il me coûte. » - Et moi, je vous dirai aussi, quoique vous ne vouliez pas en convenir, que vous êtes coupable aux yeux de Dieu, et cela suffit pour vous perdre. Si vous me demandez, pourquoi cela ? Mon ami, parce que votre bien n'est pas autre chose qu'un dépôt que le bon Dieu vous a mis entre les mains, après votre nécessaire et celui de votre famille, le reste est dû aux pauvres. Combien qui ont de l'argent qu'ils tiennent enfermé, tandis que tant de pauvres meurent de faim ! Combien d'autres qui ont quantité de vêtements, tandis que des malheureux souffrent le froid ! N'est-ce pas, mon ami, que vous êtes en condition et que vous n'avez pas de quoi faire l'aumône, vous n'avez que vos gages ? Vous auriez tout de même de quoi faire l'aumône, si vous vouliez ; vous avez bien de quoi faire damner les filles, de quoi aller au cabaret, au bal. - « Mais, me direz-vous, nous sommes pauvres ; à peine avons-nous de quoi vivre. » - Mon ami, si le jour de la fête patronale vous faisiez moins de dépenses, vous auriez de quoi donner aux pauvres. Combien de fois n'êtes-vous pas allé à Villefranche pour vous y amuser, sans avoir rien à faire, et à Montmerle, et le reste. N'allons pas plus loin, la vérité est trop claire : cela pourrait vous fâcher. Hélas ! M. F., si les saints avaient fait comme nous, ils n'auraient pas eu de quoi faire l'aumône, mais ils savaient combien ils avaient besoin de la faire, et ils épargnaient autant qu'ils pouvaient pour cela et ils avaient toujours quelques réserves. D'ailleurs, M. F., la charité ne se fait pas toute avec de l'argent. Vous pouvez aller voir un malade, lui tenir compagnie un moment, lui faire quelque chose, faire son lit, ou lui préparer ses remèdes, le consoler dans ses peines, lui faire une lecture de piété. Cependant, il faut vous rendre ce témoignage de justice que, généralement, vous aimez à faire l'aumône aux malheureux, que vous en prenez compassion. Mais ce que je vois, c'est que très peu le font de manière à en recevoir la récompense, et voici pourquoi : les uns le font afin de passer pour être homme de bien, les autres, par compassion, et parce qu'ils sont touchés de la misère des autres ; d'autres, parce qu'ils les aiment, qu'ils sont bons, qu'ils les applaudissent dans leur manière de vivre, peut-être d'autres parce qu'ils leur rendent quelques services ou bien qu'ils en espèrent quelques-uns. Eh bien ! M. F, tous ceux qui, dans leurs aumônes, n'ont que ces vues là, n'ont point les qualités qu'il faut avoir pour rendre l'aumône méritoire. Il y en a qui ont des pauvres qui leur plaisent et à qui ils donneraient tout ce qu'ils ont ; mais pour les autres, ils ont le coeur cruel. Tout cela, M. F., n'est pas autre chose que la manière dont se conduisent les païens, qui, malgré leurs bonnes oeuvres, ne seront pas sauvés.
Mais, pensez-vous en vous-mêmes, comment faut-il donc faire l'aumône, atin qu'elle soit méritoire ? M. F., le voici en deux mots, écoutez-le bien : c'est d'avoir en vue, dans tout le bien que nous faisons pour notre prochain, de plaire à Dieu qui nous le commande, et de sauver nos âmes. Toutes les fois que vos aumônes ne sont pas accompagnées de ces deux pensées, votre bonne oeuvre est perdue pour le ciel. C'est pour cela qu'il y a si peu de bonnes oeuvres qui nous accompagneront devant le tribunal de Dieu, parce que nous les faisons tout humainement. Nous aimons quand on nous en remercie, quand on en parle, quand on nous rend quelque service, nous aimons même en parler pour montrer que nous sommes charitables. Nous avons des préférences ; il y en a à qui nous donnons sans mesure, et d'autres à qui nous ne voulons rien donner, bien plus, nous les méprisons.
Prenons bien garde, M. F., quand nous ne voulons ou ne pouvons pas les secourir, ne les méprisons jamais, parce que c'est Jésus-Christ lui-même que nous méprisons. Le peu que nous donnons, donnons-le de bon coeur dans la pensée de plaire à Dieu et de racheter nos péchés. Celui qui a une véritable charité n'a point de préférence, il donne à ses ennemis comme à ses amis, tout également, aux uns comme aux autres, avec la même joie et le même empressement (4). S'il avait quelque préférence à faire, ce serait plutôt de donner à ceux qui lui ont fait quelque peine. C'est ce que faisait saint François de Sales. Il y en a qui, quand ils ont fait du bien à quelques personnes, si ces personnes leur font quelques peines, ils leur reprochent vite les services qu'ils leur ont rendus. Vous vous trompez, vous en perdez toute la récompense. Savez-vous bien que cette personne vous l'a demandé au nom de Jésus-Christ, et que vous-même l'avez fait pour plaire à Dieu et racheter vos péchés ? Le pauvre n'est qu'un instrument dont Dieu se sert pour vous faire faire ce bien, et rien autre. Voilà encore un piège que le démon vous tend et souvent à nombre d'âmes : c'est de remettre nos bonnes oeuvres dans notre esprit, afin de nous y faire prendre plaisir et pour nous en faire perdre la récompense. Il faut, quand le démon nous les met devant les yeux, vite les renvoyer comme une mauvaise pensée.
Que devons-nous conclure de tout cela, M. F. ? Le voici : c'est que l'aumône est d'un si grand mérite aux yeux de Dieu, et si puissante pour nous attirer ses miséricordes, qu'elle semble mettre notre salut en sûreté. Il faut faire l'aumône tant que nous pouvons, tandis que nous sommes sur la terre ; nous serons toujours assez riches si nous avons le bonheur de plaire à Dieu et de sauver notre âme ; mais il ne faut la faire qu'avec des intentions bien pures, c'est-à-dire tout pour Dieu et rien pour le monde. Que nous serions heureux, si nous avions le bonheur que toutes les aumônes que nous aurons faites pendant notre vie nous accompagnent devant le tribunal de Jésus-Christ pour nous aider à gagner le ciel ! C'est le bonheur que je vous souhaite.
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(1). Le livre de Daniel ne dit pas que Nabuchodonosor fit des aumônes et des bonnes oeuvres, mais seulement qu'après les sept années de punition prédites par le prophète, le roi leva les yeux au ciel, bénit le Très-Haut et exalta sa puissance éternelle, et qu'alors le sens lui revint et il fut rétabli dans son royaume. (Dan. IV.) (2) Le Curé d'Ars semble dire que saint Pierre se trouvait déjà à Joppé. D'apres les Actes (chap. IX.) saint Pierre était dans une ville voisine de Joppé à Lydda, où deux hommes, envoyés par les fidèles de Joppé, vinrent le prier de se rendre dans cette dernière ville et de ressusciter la sainte veuve, nommée Tabithe. Saint Pierre les suivit en effet et ce fut alors qu'on lui montra les habits confectionnés par Tabithe et qu'il rappela à la vie cette bienfaitrice des pauvres. (3) La vie de saint Jean l'Aumônier rapporte autrement quelques détails : 1° le pauvre craignant de fâcher le riche ne dit pas un mot pour lui demander l'aumone, mais son humble contenence montrait assez ce qu'il désirait ; 2° le riche vit venir de la boulangerie le mulet chargé de pain excellent, destiné à sa table « animal portans siligines a mancipio, causa prandii, ipsius. » Ce n'était donc pas du pain destiné aux chiens. Voir Act. SS. Jan. t. III, 30 jan., Vita S. Joan. Eleemosyn, p. 119 et 137. L'histoire donne à ce riche le nom de « Saint Pierre le Publicain. » (4) Il ne faudrait point prendre cette proposition dans toute sa rigeur. Pourvu que nous ne fassions pas d'exclusion pour nos ennemi, dans notre charité, Jésus-Christ ne nous défend pas d'avoir certaines préferences justifiées par la parenté, l'amitié. Le Sauteur Lui-même n'a-t-il point manifesté des preférences d'affection vis-a-vis de saint Pierre, de saint Jacques et de saint Jean ? http://notredamedesneiges.over-blog.com/article-16483112.html _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


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 | Sujet: Re: Homelies Sam 3 Mar - 11:29 | |
| http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Ars/Sermons/table.html _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


Nombre de messages: 12636 Date d'inscription: 18/11/2010
 | Sujet: Re: Homelies Dim 18 Mar - 15:24 | |
| Quatrième dimanche de Carême. D’autres éléments de sainteté Je ne sais si vous recherchez, tous, la sainteté comme nous y invite la Sainte Eglise en ce Carême, mais moi, je continue à en étudier la voie, dimanche après dimanche. Que nous dit la Sainte Eglise en cette affaire si importante pour le salut de nos âmes ? Elle nous dit que parmi les éléments de la vie sainte, de la vie « juste », celle qui plait à Dieu, il y a la lecture de la Sainte Ecriture. C’est en invoquant l’Ecriture Sainte que Jésus a lutté contre les tentations du Démon. C’était l’enseignement du premier dimanche de Carême. Et qui peut dire n’avoir jamais été tenté ? Il y a aussi la pratique de la charité fraternelle. Et ceux qui la pratique sont assurés d’être les bénis de Dieu et d’être invités « en la vie éternelle ». « En vérité je vous le dis toutes les fois que vous avez fait cela…à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». J’ai remarqué aussi qu’un autre élément de sainteté était le respect du à Dieu. Et combien Dieu y est sensible, lui qui désire tant que sa maison soit une maison de prière et non une « caverne de voleurs », une maison de prière où même les enfants chantent : « Hosanna au Fils de David ». Oui ! « De la bouche des enfants et ceux qui sont à la mamelle, vous avez tiré une louange parfaite ». Il ne faudrait pas non plus oublier que parmi les éléments de justice, figure à bonne place aussi, le respect de la loi de Dieu, le Décalogue, la pratique des 10 commandements. Et je n’oublierai jamais cette réponse de Jésus à ceux qui étaient venus lui dire, alors qu’il enseignait le peuple, que sa mère et ses frères étaient là, à la porte, l’attendant et voulant l’interroger. Jésus de leur dire : « Mais qui est ma mère, qui sont mes frères, qui est ma sœur ? Et étendant sa main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère ». Mais quelle est donc cette volonté de Dieu ? Au-delà la volonté de bon plaisir de Dieu, propre à chacun, cette volonté c’est la volonté signifiée, celle qui fut écrite sur la loi de pierre donnée par Dieu sur le mont Sinaï à Moïse. C’est celle que le Christ est venu accomplir en sa passion. Et j’entends encore dans mes oreilles cette phrase du prophète Ezéchiel : « s’il marche dans mes préceptes et observe mes ordonnances, pour agir selon la vérité ; celui là est juste, il vivra certainement, « et vita vivet », dit le Seigneur tout puissant ». Je sais aussi que la vie sainte, celle qui plait à Dieu, est celle qui est toute illuminée de la foi. « O femme ta foi est grande qu’il te soit fait comme tu le veux ». Je sais encore que le juste doit vivre de la miséricorde du Seigneur. Rien ne convient mieux à Dieu que cette miséricorde, que cette bonté et Dieu aime être considéré de cette manière. Il n’est pas le père « fouettard ». Il est le Dieu des miséricordes. « Dieu est si bon que meilleur ne se peut ». Je vis de cela et ce sentiment m’apaise. « Si l’impie fait pénitence de tous ses péchés qu’il a commis, s’il garde tous mes préceptes et s’il agit selon l’équité et la justice, il vivra certainement, « vita vivet », et ne mourra point ». « Je ne me souviendrai plus de toutes les iniquités qu’il avait commises ; il vivra dans la justice qu’il aura pratiquée ». C’est ainsi que je fais vivre mon âme, me souvenant des miséricordes de Dieu. Il est celui qui prend soin du grabataire, de celui qui souffre depuis 38 ans, tout proche de la piscine de Bethsaïda…qu’il ne peut pourtant atteindre…Tout cela met mon âme dans la joie. « Soyez toujours dans la joie », nous dit saint Paul. C’est un autre élément de sainteté. Il n’y a pas de triste saint ! Je sais aussi que je dois souvent penser à la Passion du Seigneur. C’était, mystérieusement, l’attrait de l’âme de Jésus. Un poids l’attirait vers la Croix pour y aller satisfaire la justice de Dieu, réparer toute justice. C’est ainsi que lors de sa transfiguration, Jésus, alors qu’il est dans sa gloire, s’entretînt pourtant avec Elie et Moïse de la Passion qu’il devait accomplir, nous dit saint Luc, sous peu, hors les portes de Jérusalem. Et c’est alors dans l’accomplissement de la Passion, qu’il peut se dire, comme il dit un jour aux pharisiens l’interrogeant sur son identité : « Je suis le principe, moi qui vous parle »…le principe de vie, de vie éternelle. Il l’enseignera encore un jour en parlant de son eucharistie : « je suis le pain de vie… Qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle ». Oh insondable mystère de NSJC ! Oh insondable richesse de sainteté. En lui, je contemple toute perfection et il me donne l’exemple de l’humilité, de l’esprit de service et par ses gestes et par ses paroles. Par ses gestes, en se faisant, le jeudi saint, le serviteur des serviteurs. Par ses paroles, lorsqu’il dit à ses disciples, « ne vous faites pas appeler Maitre, car vous n’avez qu’un seul Maître et vous êtes tous frères…Celui qui est le plus grand parmi vous, sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera humilié et quiconque s’élèvera sera élevé ». Nous étions au mardi de la seconde semaine de Carême. Et je continue de cueillir les fleurs pour faire le bouquet que je veux vous offrir à la fin de ce Carême. Et dès le mercredi, je retrouvais affirmé dans l’Evangile de saint Mathieu l’allusion à la Passion de NSJC et à sa Résurrection : « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes et ils le condamneront à mort ; et ils le livreront aux gentils pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; et il ressuscitera le troisième jour ». Ce sont bien là deux mystères essentiels à notre foi et à notre sainteté. Par le premier mystère, la Passion, je nourris la charité de mon cœur. Avoir été tant aimé…Pourrais-je rester dans l’indifférence. Par la Résurrection, je nourris mon espérance. Là où se trouve le Christ, en gloire, là se trouvent ses membres. Je sais alors que le ciel m’appartient, que le ciel est ma demeure…non point tant en raison de mes mérites, mais bien plutôt en raison de la bonté de Dieu et de sa justice. Aussi je me confie plus en Notre Dieu qu’en mes forces et talents personnelles. « Béni soit l’homme qui se confie dans le Seigneur et dont le Seigneur est l’espérance. Il sera comme un arbre transplanté près des eaux… qui ne craint pas la chaleur lorsqu’elle est venue. Son feuillage sera toujours vert ». Et alors que l’Eglise mettait ce beau texte sous nos yeux, elle me rappelait également le récit du mauvais riche et du bon Lazare…Me rappelant que Lazare ira, parce qu’il a mis sa confiance en Dieu, à la fin de sa vie, dans « le sein d’Abraham », alors que le mauvais riche, sans cœur, ira en son lieu, le feu éternel….Et pourtant il suffisait qu’il ait un peu de compassion pour connaître un autre destin…Comme l’enfant prodigue qui, pris de remord, retrouva le cœur de son père qui, depuis longtemps déjà attendait son retour. Arrive alors la troisième semaine de Carême. Quel est donc son message de sainteté ? Tout d’abord le rappel de l’histoire du soldat Naaman, le Syrien. Il est touché par la lèpre mais guérit par l’eau du Jourdain, il s’y plongea sept fois selon l’ordre du prophète Elisée. Cela nous rappelle la nécessité du baptême pour trouver la régénération de notre âme, en Dieu. Cette semaine nous rappelle aussi la nécessité du pardon des offenses : « Seigneur, combine de fois pardonnerai-je à mon frère lorsqu’il aura péché contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit : je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante dix fois sept fois ». Et puis c’est de nouveau le rappel des commandements de Dieu donnés à Moïse pour le peuple. Avec deux instances cependant ; la première, un rappel à honorer ses pères et mères afin de vivre longuement ; la seconde, un rappel de ne point se faire de dieux d’argent ni de dieux d’or…ni d’aller avec des dieux étrangers…Le Dieu que j’adore n’est pas un dieu œcuménique…Mais bien d’offrir sur un autel de terre « holocaustes » et « hosties pacifiques ». Je comprends que je me dois d’honorer Dieu en raison de sa majesté. C’est un ordre divin. Mais c’est aussi justice. Je dois à Dieu tout honneur et toute gloire. . Et c’est pourquoi j’aime cette messe qui me permet de satisfaire cette obligation que Dieu me fait : lui rendre tout honneur. Il n’y a pas de sainteté sans cette justice là. Le vendredi de cette semaine me rappelle le beau récit du rocher frappé par le bâton donné par Dieu à Moïse d’où sortit une eau abondante pour que se désaltèrent le peuple et ses troupeaux souffrant de la sécheresse du désert. Ce Dieu que je sers est un Dieu compatissant, lent à la colère et plein d’amour. Mais ce bâton, fait de bois, conduit mon esprit sur le Golgotha, près de la Croix du Christ. C’est bien sur le bois de la Croix que Jésus fit couler de son cœur transpercé l’eau rédemptrice. Et « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif ; car l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ». C’est ce que dit Jésus à la Samaritaine. Quel mystère ! Aussi pourra-t-il dire à la Samaritaine, qu’il est le Messie, lui qui lui parle : « La femme lui dit : Je sais que le Messie doit venir ; lors donc qu’il sera venu, il nous annoncera toute chose. Jésus lui dit : « je le suis moi qui te parle ». Comme cette phrase est lumineuse et combien elle éclaire ma foi. Enfin le samedi me donnera à lire le beau récit de Suzanne et m’apprendra le saint abandon à Dieu au milieu des difficultés. En toutes circonstances, je serai comme Suzanne. Entourée d’injustice et de malice, « Elle, en pleurs, leva les yeux au ciel, car son cœur avait confiance dans le Seigneur ». Et pour illustrer « cette confiance dans le Seigneur », l’Evangile me raconte le récit de la femme prise en flagrant délit d’adultère. « Alors Jésus se relevant, lui dit : Femme où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t-a-t-il condamnée ? Elle dit : Personne, Seigneur. Jésus lui dit : Moi non plus, je ne te condamnerai pas ; va, et désormais ne pèche plus ». Qu’il en soit ainsi. Amen ! http://www.revue-item.com/5703/dautres-elements-de-saintete/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+revueItem+%28La+Revue+Item+%7C+La+tradition+sans+peur%29 _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


Nombre de messages: 12636 Date d'inscription: 18/11/2010
 | Sujet: Re: Homelies Dim 18 Mar - 15:47 | |
| 4ème Dimanche de carême - Année B - 2012 Jean 3, 14-21 et Paul aux Éphésiens 2, 4-10
Frères et soeurs, il n’est pas toujours facile de consentir à la vie…
Ceux d’entre nous qui ont dans leur famille une personne gravement handicapée ou un ami diminué dans ses facultés par une maladie que l’on ne sait pas guérir, savent que consentir à la vie, parfois, c’est énorme, qu’aborder chaque nuit dans cet état, que repartir chaque matin dans cet état, c’est énorme !
Et c’est peut-être nous… dans un moment de dépression, de conflit relationnel, de maltraitance,… ou à la suite d’un drame… comme celui de ces enfants morts ou traumatisés par l’accident de l’autocar en Suisse au début de la semaine dernière, ou bien tout simplement en prenant conscience un jour… que je n’ai pas choisi de naître, d’être comme je suis, de porter un nom qu’on m’a imposé…,
et me voilà au bord de la révolte, peut-être aux prises avec l’envie d’en finir… à moins que je me mette à choisir,… à choisir tout cela que je n’ai pas choisi !
J’aime ces quelques mots de Beethoven, le grand musicien… qu’il a griffonnés dans la marge de son 16ème quatuor : « Muss es sein ? Es muss sein ! » « Cela doit-il être ? Que cela soit ! » - sans doute fait-il allusion à sa surdité - … « Cela doit-il être ? Que cela soit ! »
Résignation ?... Non ! Le résigné baisse les bras, tandis que celui qui consent les ouvre à l’Amour…
comme Jésus qui disait : « Ma vie, on ne me la prend pas, c’est moi qui la donne. »
Travail d’adoption… à commencer par soi-même, chemin de réconciliation et de transformation.
Comprenons bien ça : ne plus être un ennemi pour soi-même, mais un ami !
Et même me recevoir comme un don !
Eh oui, …si j’étais un merveilleux cadeau pour moi-même !
Donc, …un travail d’ouverture, un chemin de lumière dans ma nuit…
à la découverte d’un Ailleurs…
Car n’y a-t-il pas Quelqu’un qui se cache derrière tout cela que je n’ai pas choisi ? Est-ce qu’il n’y a pas une Présence qui se cache dans le présent qui est à vivre… et dans le présent que je suis ?
Un Autre qui me donne à moi-même,
un Autre que je ne pourrais jamais rencontrer si je m’étais choisi moi-même,…
un Autre qui, s’il m’a choisi comme je suis, m’aime aussi comme je suis ?
Et il se pourrait bien qu’il désire me rencontrer !
N’est-ce pas ce que nous confirme la Parole de Dieu proclamée aujourd’hui ? Avez-vous entendu ça : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils bien-aimé… »
Et ceci : « A cause du grand Amour dont il nous a aimés, il nous a fait revivre avec le Christ… »
Voilà ce qui nous advient aussi : cet Amour, ce « grand Amour » !
Comme le disait frère Christophe, frère Christophe de Tamié et de Tibhirine : Nous voilà « chargés de ce si lourd secret : aimés comme le Bien-Aimé… Sans mesure ! »
Alors, frères et soeurs,
nous ne sommes pas seulement appelés à consentir activement à ce que nous sommes et à ce qui nous advient… mais aussi à consentir à cet Amour « sans mesure ».
Saint Bernard disait : « Consentir, c’est être sauvé. » Que saint Bernard me permette de préciser : « Consentir à cet Amour, c’est être sauvé » !
Et je vois là une invitation à contempler la croix, à contempler Jésus « élevé de terre », comme le dit l’Evangile d’aujourd’hui, « élevé de terre… afin que - comme le dit encore l’Evangile - par lui, le monde soit sauvé. »
Contempler, pour découvrir cet Amour « sans mesure » et pour y CONSENTIR,
c'est-à-dire, pour LE RECEVOIR…
puisque non seulement il se manifeste, mais il se donne à nous... « sans mesure »…
Peut-être, comme moi, vous n’avez pas trop envie de contempler Jésus en croix… C’est tout de même pas beau, ça !...
Fallait-il vraiment que notre ami Jésus soit comme ça défiguré pour nous transfigurer ?
Fallait-il vraiment que notre ami Jésus meurt crucifié pour nous ressusciter ?
Fallait-il toute cette horreur pour notre bonheur ?
Pourtant je vibre à cette exclamation de quelqu’un qui montrait son crucifix : « Il m’a tout appris ! »
Et c’est vrai que j’aimais ce bâton pastoral que brandissait Paul VI, avec son Christ en croix, et sur lequel Jean-Paul II aimait aussi s’appuyer…
Oui, je vois dans cette Passion une telle compassion !...
Je vois que Jésus va jusqu’au bout de l’amour en épousant toute notre humanité, blessée, défigurée.
En vérité, il épouse chacune de nos vies, et toute notre vie jusqu’à notre mort, pour nous assurer qu’il est toujours « Dieu avec nous »… jusque dans notre mort.
Et je vois qu’il va jusqu’au bout de l’amour en aimant ceux qui le mettent à mort : je l’entends qui pardonne tout,… et je comprends qu’il nous pardonne tout : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’il font ! »
Vraiment, il fallait qu’il meurt pour nous assurer qu’à l’heure de notre mort, il est là avec nous.
Vraiment, il fallait qu’il meurt… pour ressusciter… et nous assurer ainsi qu’il est vraiment « la Résurrection et la Vie », et, qu’ayant épouser notre mort, il nous ressuscite avec lui, et qu’ainsi rien ne peut nous séparer de lui !
Vraiment, il fallait qu’il souffre et qu’il meurt pour nous assurer de sa Miséricorde infinie et de notre résurrection.
Et vraiment, il fallait qu’il souffre et qu’il meurt pour que nous sachions reconnaître qui est vraiment notre Dieu :
Dieu si vulnérable sur le bois de la croix, Dieu amoureux de notre liberté,
Dieu notre Serviteur, agenouillé à nos pieds,
Dieu qui se laisse défigurer par amour :
Dieu notre Ami, Dieu de Communion,
Dieu qui nous aime gratuitement, sans condition,
Dieu qui ne peut qu’aimer, Dieu qui ne peut que pardonner,
Dieu qui meurt d’Amour pour nous, ...pour nous ressusciter !
Dieu qui meurt en croix… pour que nous sachions aussi reconnaître vraiment qui nous sommes : capables de tuer notre frère, capables de tuer notre Dieu !
mais aussi capables de ce même Amour, …du plus grand Amour.
« Il n’y a pas de plus grand Amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »
Oui, L’AMOUR CROIT A L’AMOUR :
il croit que nous sommes capables de CONSENTIR à être aimés par ce plus grand Amour,…
à recevoir cet Amour,… et à aimer de ce plus grand Amour.
« Aimez-vous… comme je vous ai aimés », dit l’Amour…
« Je vous ai lavé les pieds ;… faîtes de même entre vous. »
« A cet Amour que vous aurez les uns pour les autres, on vous reconnaîtra… »
« Ceci est mon corps livré,… ceci est mon sang versé,… faîtes cela en mémoire de moi. »
Jésus a pleinement consenti à sa mission de Salut pour tous en allant jusqu’au bout de l’Amour,…
et nous, quand nous traçons sur nous le signe de la croix,
et quand nous communions au corps livré, au sang versé,
est-ce que nous consentons à être tellement aimés… et à aimer tellement ? http://www.abbaye-tamie.com/ _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


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 | Sujet: Re: Homelies Jeu 22 Mar - 22:54 | |
| Abel Chennouf, caporal parachutiste, catholique et français, mort pour la France
L'abbé Christian Venard, aumônier catholique du 17e RGP, a prononcé l'homélie suivante pour l’inhumation du caporal Abel Chennouf, assassiné à Montauban, au Cimetière de Manduel aujourd'hui :
"Abel, mon camarade parachutiste, mon frère, voilà une semaine, jour pour jour et presque heure pour heure, je tenais ta main, encore chaude de la vie que venait de te prendre un assassin. Je tenais ta main en priant pour toi, en pensant à ta maman et en te confiant à notre Maman du Ciel, la Vierge Marie.
Je ne connaissais pas encore Caroline, mais si tel avait été le cas, je t’aurais aussi parlé pour elle et pour ce petit bébé que vous attendez.
Puis je me suis penché sur ton camarade Mohamed Legouad qu’essayaient de maintenir en vie les remarquables équipes d’urgentistes. Enfin, j’ai assisté au départ vers l’hôpital de Loïc Liber, qui à cette heure même se bat, entouré de son papa et de sa maman, pour rester en vie.
Que de souffrances.
Que d’incompréhensions.
Mais aussi que de solidarité, de soutien, d’hommages et, pour nous chrétiens, de foi (comme le rappelait hier l’évêque aux armées en la cathédrale de Montauban) et d’espérance, malgré tout ! Il y a deux mille sept cents ans, à Rome, au cœur même du forum, symbole et centre de la vie de la Cité, un gouffre s’ouvrit. L’oracle consulté livra cette réponse : pour combler ce gouffre, Rome devait y engloutir ce qu’elle avait de plus précieux. Chacun s’interrogeait encore sur ce qui pouvait être de plus précieux, quand un jeune cavalier, un jeune homme armée, Curtius, se jeta avec son cheval dans le gouffre qui se referma aussitôt.
Oui, ce que Rome avait de plus précieux était un jeune militaire défenseur de la Cité. Le criminel terroriste qui a mené ces actions dans lesquelles tu as perdu la vie, Abel, a tenté d’ouvrir un gouffre. Le prix à payer pour le combler est bien sûr infiniment trop lourd ;
mais mon ami Abel, tu es devenu, comme Curtius, symbole de ce que notre pays, la France, possède de plus précieux.
Et désormais, c’est ainsi que tu nous apparaîs : jeune caporal parachutiste, mort pour la France, dans un attentat terroriste qui voulait mettre à bas notre Patrie.
Abel, je veux aller encore plus loin. C’est parce que tu portais l’uniforme français, parce que tu étais fier de ton béret rouge, que ce criminel t’a visé. Ce que ce meurtrier ne pouvait savoir c’est aussi tout ce que tu représentes aujourd’hui pour notre Patrie.
Issue d’une famille à la fois alsacienne (avec tout ce que cette région fait ressortir en notre pays des souffrances liées aux deux conflits mondiaux) et kabyle (et comment ne pas évoquer ici les douloureux événements d’Algérie), ta famille choisit la France avec (et je reprends les mots mêmes de ton cher papa), avec toutes ses traditions, y compris ses racines les plus profondes, qui sont chrétiennes.
Comment ne pas voir, mon ami Abel, dans une telle accumulation de symboles, ce que nous avons de plus précieux cette capacité que possède notre Patrie française de prendre en son sein, tous ceux qui veulent devenir ses fils.
Au moment où nous allons te porter en terre, dans cette terre pétrie des ossements de nos pères (c’est cela la Patrie aussi), Abel, avec toute ta famille, tes amis, tes camarades parachutistes, je te fais le serment que nous soutiendrons Caroline et ton enfant. Que nous resterons présent auprès des tiens.
Désormais c’est à Dieu que nous te confions, au travers des rites catholiques qui accompagnent nos défunts.
Nous savons que tu es vivant auprès du Père.
Tu as rejoint Jésus, ce Dieu fait Homme, cet innocent mort à cause de la méchanceté et la violence qui habitent trop souvent le cœur des hommes.
Ton sacrifice se trouve comme enveloppé dans celui du Christ Jésus.
En te retrouvant jeudi dernier, gisant sur le sol montalbanais, en prenant ta main et en voyant couler de tes blessures ce sang si rouge et si pur, je confiais au Seigneur de la Vie, cette vie qui s’écoulait de toi.
Et si aucune larme ne sortait de mes yeux, comme tant de tes camarades, c’est mon cœur qui pleurait sur toute violence faite aux innocents sur cette pauvre terre.
Et c’est à l’Innocent qui a versé son Sang pour nous réconcilier avec son Père, qui a versé son propre Sang en rançon pour toutes les violences, que je confiais ta belle âme.
Abel, français d’origine alsacienne et kabyle, catholique par choix, parachutiste au service de la France, que notre grand saint patron, que l’Archange saint Michel t’accueille et te fasse entrer au sein du Père, avec le Fils et le Saint-Esprit.
Amen." Requiescat in pace Michel Janva _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


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 | Sujet: Re: Homelies Sam 24 Mar - 15:46 | |
| Homélie du 5ème dimanche de Carême 2012
Dans le contexte des tragiques évènements de Sierre et Toulouse, j’ai estimé nécessaire de mêler cette actualité à mon homélie pour rejoindre les gens avec leur tristesse et leurs questions.
« On ne peut pas me prendre ma vie. Je l’ai déjà donnée. »
C’est ce qu’écrivait à sa famille inquiète un moine de Tibhirine en Algérie. Quelques jours plus tard, il était assassiné. C’était le 21 mai 1996.
Cette réflexion, pur écho de l’évangile de ce dimanche, nous ramène tous à la fois à la tragique actualité de notre monde et aussi à l’ardent défi proposé par le Christ lui-même quand il disait : « Celui qui aime sa vie la perd. Celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. »
La vie, ma vie. Précieuse et si fragile, comme une eau obstinée qui réinvente toujours son cours improbable dans le brûlant désert du monde. Magnifique et dramatique, comme le souffle qui l’anime et peut soudain la quitter, en silence. Cadeau reçu, redonné chaque jour, qu’on oublie quand on vit et qu’on supplie quand on meurt.
Au cours de la semaine écoulée, des vies ont été arrachées, des vies d’enfants entre autres, des vies pleines d’espérance, dans la violence fatale ou meurtrière. Nous sommes tristes, pleins de questions sans réponse, et parfois même avec des colères révoltées. Pourquoi ces vies, pourquoi ainsi, dans un accident au retour d’une joyeuse semaine de vacances, ou dans la folie criminelle d’un fanatisme religieux ?
Ils sont morts. Qui a pris ces vies ? De quel droit ? Une chose paraît certaine : ces vies n’ont pas pu être données. Y aurait-il des sacrifices inutiles, des vies brisées par le non-sens de la mort, comme des arbres foudroyés.
« Le bon berger donne sa vie pour ses brebis, disait Jésus, qui ajouta : « La vie, personne ne me l’enlève. J’ai pouvoir de la déposer et pouvoir de la reprendre ». Mais il avertissait aussi : « Le voleur ne vient que pour voler, tuer et perdre... Le mercenaire, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis… et le loup s’en empare et les disperse. »
Qui était le mercenaire dans le tunnel de Sierre ? Qui était le loup dans la banlieue de Toulouse ? Et où se cachait le bon berger, s’il y en avait un ?
Il n’est pas si facile d’entendre l’Eglise répéter en écho dans ces circonstances ces phrases contrastées de Jésus : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». Et pourtant : « Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. »
Dieu n’était pas au volant du car. Ce n’est pas lui qui est responsable du tunnel. Peut-être devons-nous accepter de ne pas tout comprendre. Il faut sûrement se garder de donner des interprétations hâtives, surtout quand elles se prétendent péremptoires. Aucune théorie, même éminemment religieuse, ne peut actuellement apaiser ces familles. Ces parents, frères et sœurs, attendaient des enfants heureux et bronzés. Ils ont vu arriver des cercueils. Pour le moment du moins, il n’y a pas de consolation possible, car ils ne sont plus.
Reste seulement une promesse, plus têtue que nos douleurs, celle qui -nous l’espérons, le moment venu- pourra se laisser entrevoir à travers leurs larmes : si Dieu n’était pas dans le bus, il était à la réception de ces destinées, il était à l’accueil paternel de l’autre côté de la vie, sur le versant ensoleillé de l’éternité. « Là où je suis », dit Jésus -et nous savons à peu près où depuis le matin de Pâques-, oui, « là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. » Car élevé de terre, Jésus est capable d’attirer à lui tous les hommes. Y compris ceux et celles que tout en nous voudrait retenir, de toutes nos entrailles de chair et de sang.
Et puis il y a Toulouse. C’est beaucoup pour une seule semaine, sans compter les morts d’ailleurs, devenus presque banals, comme en Syrie.
Là, c’est nous, c’est bien nous, parce que nous pouvons être des loups pour d’autres hommes.
Mystère vertigineux de notre liberté. Quand on ne veut pas donner sa vie, l’offrir comme un humble présent, dans la solidarité et finalement l’amour, alors rôde en nous l’autre alternative, une kalachnikov à la main : on prend la vie des autres, on l’arrache, on la piétine. Et c’est même possible sous l’odieux prétexte d’une passion religieuse…tuer pour honorer le Dieu de la vie !
Ne nous hâtons pas de jeter des pierres aux autres : nous avons aussi fait cela, même entre catholiques et protestants, chez nous. Et que se passe-t-il dans certaines salles d’accouchement ?
La vie est là pour être donnée, pas pour qu’on l’enlève.
C’est tout le sens que Jésus a conféré à son sacrifice. Ce n’était pas un suicide, mais une offrande. On lui a ôté la vie sur la croix, mais il l’avait déjà donnée de toute éternité, car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Pour nous, et même pour les larrons et autres bandits que le hasard avait placés à ses côtés.
« Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir. » Pas une description anticipée de la cruauté, mais la déclaration programmée d’une mort d’amour, par amour, pour l’amour. L’amour du Père, l’amour de nous.
Seules les morts habitées par l’amour peuvent exploser en vitalité pascale. « Père, glorifie ton nom », disait Jésus. Et une voix venue du ciel lui répondit : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ». Et Jésus d’ajouter : « Ce n’est pas pour moi que cette voix s’est faite entendre, mais pour vous. »
Donc pour nous.
La vie nous est offerte, mais elle ne nous appartient pas.
Nous pouvons seulement en disposer comme d’un prêt gratuit, à la manière d’un cadeau fait pour être partagé avec d’autres, comme on brise le pain pour le distribuer, dans un geste eucharistique.
Heureusement, il y a encore beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants eucharistiques en ce monde.
Des donneurs de vie, des contagieux d’amour, des prophètes de la solidarité et de l’entraide, des bâtisseurs de paix, y compris jusqu’au pardon.
Dans nos familles d’abord, dans nos quartiers, dans les milieux de la profession par l’engagement, de la culture par la créativité, de la nature par le respect des êtres et des choses.
Il y a des jours où la mort, par fatalité ou par criminalité, semble l’emporter autour de nous et peut-être en nous.
Il y a heureusement des aubes pascales et des aurores d’amour qui nous font espérer malgré tout en la victoire de la vie, jusqu’à la rendre éternelle.
Parce que Dieu existe et parce qu’il est Amour.
Rien qu’Amour.
Claude Ducarroz
http://cducarroz.blogspot.com/2012/03/homelie-5eme-dimanche-de-careme.html _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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|  | | Bea Admin


Nombre de messages: 12636 Date d'inscription: 18/11/2010
 | Sujet: Re: Homelies Sam 24 Mar - 15:59 | |
| UNE PAROLE POUR CE DIMANCHE (5ème dimanche de carême 2012) A tous ceux qui désirent voir Jésus, Jésus vient de répondre : « Si vous désirez me voir vraiment, eh bien, vous regarderez la croix sur laquelle je vais être crucifié ». Être élevé de terre, sur la croix, c’est mourir crucifié, et cette descente dans l’enfer d’une mort honteuse et injuste, Jésus en fait une montée vers un amour de plus en plus grand. C’est sa gloire.L’Eglise de Savoie propose chaque semaine à tous les catholiques une parole du Concile Vatican II. C’est une manière de nous inviter à revisiter les textes de ce grand Concile, dont nous fêtons cette année le cinquantième anniversaire de l’ouverture. Cliquez sur le mot CONCILE pour voir le texte proposé cette semaine. 'La liturgie a pour fondement la foi et la conversionLa liturgie ne remplit pas toute l’activité de l’Eglise ; car, avant que les hommes puissent accéder à la liturgie, il est nécessaire qu’ils soient appelés à la foi par la conversion : « Comment l’invoqueront-ils s’ils ne croient pas en lui ? Comment croiront-ils en lui s’ils ne l’entendent pas ? Comment entendraient-ils sans prédicateur ? Et comment prêchera-t-on sans être envoyé ? »' Homélie du 5ème dimache de carême 2012 Dimanche 25 mars 2012 par Louis DURET publié le Mercredi 21 mars 2012 Entendre le murmure de la vie qui se donne Nous aussi, n’est-il pas vrai, nous voudrions bien voir Jésus, le rencontrer, lui parler. Que répond Jésus ? Oui, dit-il, c’est le moment : « L’heure est venue où le Fils de l‘homme va être glorifié ». Il va être manifesté dans sa gloire, dans son être profond. Et l’on sent l’auditoire frémir de joie. Enfin ! Jésus va se manifester en clair comme Messie glorieux Pourtant, Jésus poursuit : « Si le grain ne tombe en terre, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits ». Etonnant ! Pourquoi donc Jésus parle-t-il soudain de la mort ? Et le voici qui soupire : « Maintenant, mon âme est troublée. Et que dire ? Père, sauve-moi de cette heure ! » A tous ceux qui désirent voir Jésus, Jésus vient de répondre : « Si vous désirez me voir vraiment, eh bien, vous regarderez la croix sur laquelle je vais être crucifié ». Être élevé de terre, sur la croix, c’est mourir crucifié, et cette descente dans l’enfer d’une mort honteuse et injuste, Jésus en fait une montée vers un amour de plus en plus grand. C’est sa gloire.Jésus reste uni au Père qui donne la vie, même au cœur de la mort. C’est cette confiance absolue qui nous sauve. Ce mystère nous est donné à contempler à travers le grain de blé jeté en terre et dont on va admirer l’épi qui lève. Jésus va tomber en terre et être élevé de terre pour que nous vivions. Jusqu’au bout, Jésus aime, donne la vie, fait vivre. Voilà notre Dieu et sa manière d’aimer. Cette révélation sur Dieu est aussi une révélation sur l’homme : chacun de nous peut être grain de blé qui meurt pour donner la vie.
Le vrai succès, d’après l’évangile, c’est le succès de l’amour, de la bonté, de l’amitié, de la solidarité.
Tout le reste fait du bruit mais ne bâtit rien. Accepter d’être chaque jour le grain de blé jeté en terre, c’est s’ouvrir aux autres, sortir de son moi envahissant, s’ouvrir à la vie des autres sans esprit de domination, gratuitement, discrètement.
Tout faire pour que l’autre ait la première place. Au cœur des bruits de guerre, certains font germer la paix. Dans tous les mouroirs du monde, beaucoup font germer la dignité. Avec les gestes de solidarité du « Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement », nous pourrons, en ce carême, faire germer le partage. Comment ne pas dire un immense merci à toutes ces associations qui sont capables de rassembler nos modestes désirs comme nos modestes oboles, pour en faire des routes, des hôpitaux, des écoles, des puits, partout où l’humanité a faim de pain, d’instruction, de justice et de liberté. « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » - « Le prince de ce monde va être jeté dehors ». Dans ces deux phrases, apparemment dissemblables, c’est de la même victoire qu’il s’agit : celle de la vérité, celle de la révélation de Dieu. Le prince de ce monde, justement, c’est celui qui, depuis le jardin de la Genèse, nous bourre la tête d’idées fausses sur Dieu. Au contraire, en contemplant la croix du Christ, qui nous dit jusqu’où va l’amour de Dieu pour l’humanité, nous ne pouvons qu’être attirés par lui.
Désormais, en levant les yeux vers la croix, nous y lisons, non un instrument de haine et de douleur, mais l’instrument du triomphe de l’amour.
Il était venu pour rendre témoignage à la vérité, l’heure est venue, la mission est accomplie. Toute la pédagogie de la révélation n’a qu’un seul but : que l’humanité entende enfin la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu. Oui, il est possible d’aimer ! Une parole pour ce dimancheA tous ceux qui désirent voir Jésus, Jésus vient de répondre : « Si vous désirez me voir vraiment, eh bien, vous regarderez la croix sur laquelle je vais être crucifié ». Être élevé de terre, sur la croix, c’est mourir crucifié, et cette descente dans l’enfer d’une mort honteuse et injuste, Jésus en fait une montée vers un amour de plus en plus grand. C’est sa gloire. Lectures du 5ème dimanche de Carême 2012 Première lecture : Jérémie (31, 31-34) « La Nouvelle Alliance » Psaume 50 : « Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau, mets en nous, Seigneur, un esprit nouveau » Deuxième lecture : Hébreux (5, 7-9) « La soumission du Christ, cause du salut éternel » Evangile : Jean (12, 20-33) « Jésus voit arriver son heure » Parmi les Grecs qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu durant la Pâque, quelques-uns abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée. Ils lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André ; et tous deux vont le dire à Jésus. Alors Jésus leur déclare : « L'heure est venue pour le Fils de l'homme d'être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s'en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. Maintenant je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Dirai-je : Père, délivre-moi de cette heure ? - Mais non ! C'est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l'entendant, la foule qui se tenait là disait que c'était un coup de tonnerre ; d'autres disaient : « C'est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit : « Ce n'est pas pour moi que cette voix s'est fait entendre, c'est pour vous. Voici maintenant que ce monde est jugé ; voici maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes. » Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir. http://saint-pierre-du-lac.paroisse.net/saint-pierre-du-lac/ _________________ Que le Sacré-Coeur de Jésus soit loué, adoré et glorifié à travers le monde pour des siècles et des siècles. Amen.
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