LA JOUE DROITE
Mt .5.39 - "Si l'on te frappe sur la joue droite, tends l'autre joue.
Certes il faut accorder beaucoup à ceux qui nous agressent, mais pas tout ! I1 est toujours affligeant de voir commenter cette fameuse parabole, surtout aux enfants, en leur expliquant que lorsqu'ils sont frappés sur une joue, ils doivent tendre "la joue gauche". Pourquoi ? Pour la bonne raison que le Christ ne l'a pas fait !
St. Augustin écrit : « Lorsqu'il eut reçu (le Christ) un soufflet dans sa passion, il ne dit pas : « voici l'autre Joue », mais : « Si j’ai mal parlé, fais voir le mal que j'ai dit : et si j'ai bien parlé pourquoi me frappez¬vous ? ».
Remarquons en passant qu'il ne s'agit pas de « joue gauche ». comme on le dit souvent. St. Jérôme nous l'explique bien :
« Quand on nous frappe la joue droite, il ne nous est pas ordonné de tendre la gauche, mais l'autre, c'est-à-dire l'autre droite. En effet un juste n'a pas de gauche. Un hérétique nous frappe-t-il dans une discussion, veut-il porter atteinte à la droite doctrine ? Opposons-lui un autre témoignage des Ecritures. » (Sur Matthieu I p. 125).
Dans ses "Homélies", St. Jérôme explique que le malentendu provient d'un jeu de mots qui n'est compréhensible que par l'hébreu. En effet, L Het Y désigne dans cette langue la « joue », mais aussi la « mâchoire ». En résumé, quand nous sommes agressés dans notre « droiture », nous devons tendre « l’autre mâchoire », celle qui concerne la Parole, le « témoignage de l’Ecriture » a dit St. Jérôme. Nous devons combattre avec les armes de la foi.
St. Augustin donne aussi un conseil, loin de la passivité, à celui qui est agressé :
«Que la haine n'entre pas dans son cœur, qu'il soit disposé à souffrir encore davantage, et qu'en même temps il ne néglige pas de se servir de l'influence du conseil ou de l'autorité pour faire rentrer son frère dans le devoir.» (Sermon sur la montagne)
En lisant ces Pères des premiers siècles, on mesure leur connaissance et leur équilibre. On est loin des balivernes que nous entendons trop souvent et qui ont certainement éloigné de l'Eglise ceux qui ont refusé d'être ce que Rousseau appellera des chrétiens "esclaves".
Y. Germain. L’Hébreu pour comprendre l’Ecriture, P. 15.